L’A.P.D.E.N. était invitée le matin du 18 mars par la DGESCO, avec d’autres associations professionnelles, afin de partager nos retours sur le projet de programme EMI publié en mai 2025. Cette rencontre a aussi abouti à une contribution écrite que vous trouverez en cliquant ici.

Etaient présent·es lors de cette audience, pour la DGESCO, une équipe de cinq personnes majoritairement issues de départements relatifs à l’Histoire-Géographie et EMC.

  • Grégoire Pralon - département Histoire-Géo/EMC/EMI/éducation transversale (en visio)
  • Sophie Pons - IA EVS, cheffe du bureau des contenus pédagogiques
  • Jérôme Grondeux - IGEN Histoire-Géo/EMC/EMI
  • Thibaut Leroy - chargé d’études Histoire-Géographie-EMC
  • Arnaud Beillard - département collège, chargé de mission auprès de l’Inspection Histoire Géo EMC

Associations professionnelles représentées :

  • Françoise Girod (AFEF - Association française pour l’enseignement du français) en visio
  • Elena Pavel (APHG - Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie) en visio
  • Carole-Anne Bonnaud et Camille Brouzes (A.P.D.E.N.) en présentiel

Cette audience fut l’occasion, pour la DGESCO, de revenir sur le parcours de ce projet de programme :

  • 2024 : demande de refonte des programmes avec le projet d’un programme EMI ;
  • 2025 : publication du projet ;
  • 2026 : consultation nationale.

Ce programme doit servir de levier, voire d’invitation à enseigner l’EMI tout en répondant aux défis de s’adresser à des cultures professionnelles très différentes et de chercher un équilibre entre celles-ci.

De plus, le caractère inédit de ce texte a été souligné : il s’agit d’un programme pour une éducation transversale. Ainsi, pour la DGESCO, il doit permettre de bien distinguer l’EMI de l’EMC. Il ne vient pas figer les modalités de mise en œuvre mais laisse une liberté sur les activités, les niveaux concernés, etc. La DGESCO s’est aussi expliquée sur l’entrée « exemples de réussite ». Elle a pour but de présenter des liens avec les programmes disciplinaires, des activités possibles en cours, sous forme de projet ou en co-animation. Cette entrée présente dans tous les nouveaux programmes provient d’une demande du Conseil Supérieur des Programmes.

L’APHG se réjouit que toutes les disciplines soient représentées mais relève une difficulté à lire les exemples de réussite en lien avec les objectifs qui leur font face. Il s’agit plus d’une question de mise en forme. De plus, elle ajoute que les enseignant.es d’histoire-géographie basent leur pratique sur le document. En tant qu’expert.es de recherche d’informations, ils et elles seraient tout à fait à même de prendre part à cette éducation.

L’AFEF reconnait la qualité de ce programme ambitieux, apprécie le travail transversal et les pistes de travail avec les professeur·es documentalistes. Cependant, elle souhaiterait qu’un soin soit apporté au vocabulaire, que les notions abordées soient invoquées avec un vocabulaire commun qui permettrait un vrai travail transversal sans confusion entre les différents domaines d’expertise. De plus, elle a abordé la question de la formation et a interrogé les moyens mis en place pour assurer la formation du corps enseignant en EMI. Madame Pavel et la DGESCO ont affirmé que les ressources fournies par le CLEMI et les formations (parfois déjà existantes) iraient sûrement dans ce sens et seraient ouvertes à tou·tes.

L’A.P.D.E.N. a salué l’ambition de ce programme, le soin apporté à sa progressivité et la mention explicite des cultures informationnelles, médiatiques et numériques. Ce document peut être un levier pour beaucoup de professeur.es documentalistes qui enseignent déjà ou non l’EMI au collège.

L’A.P.D.E.N. a défendu une vision plus équilibrée des apparitions des trois cultures mentionnées. Il a été répondu que l’EMI était depuis ses débuts orientée vers les médias et plus particulièrement les médias d’actualité.

Nous avons aussi défendu la place du·de la professeur·e documentaliste « maître d’œuvre » de l’EMI dans sa circulaire de mission mais très peu présent·e dans l’intégralité du document (là où des disciplines apparaissent plusieurs fois distinctement). Afin que ce texte soit le plus opérationnel possible pour les professeur.es documentalistes, il serait nécessaire de faire apparaître explicitement le.la professeur.e documentaliste comme acteur.actrice possible de cette éducation, et notamment dans les « exemples de réussite ».

De plus, l’A.P.D.E.N. a tenu à réaffirmer la liberté pédagogique des enseignant·es comme opérateur·rices direct·es de cette éducation. Le choix d’un partenariat doit revenir à l’enseignant·e. Cette question touche autant à la liberté du·de la professeur·e qu’à des questions d’ordre budgétaire alors que les dotations horaires subissent des coupes drastiques, que les budgets des établissements et les crédits alloués au pass culture s’amenuisent.

La DGESCO s’est montrée attentive à nos remarques, a répondu à nos questions et a bien noté nos propositions. Cependant, elle a semblé peu réceptive à une révision induisant une acception plus large de l’information (monde de l’édition, information scientifique, etc.) en dehors du domaine de l’évaluation de l’information, affirmant à plusieurs reprises que l’EMI n’est pas de la "Documentation".

A posteriori, la circulaire de mission instituant clairement le rôle du·de la professeur·e documentaliste n’a pas l’air d’avoir joué un rôle important dans la réflexion de la DGESCO sur cette proposition du CSP. Cette distinction affirmée plusieurs fois lors de l’entretien entre EMI et « Documentation » nous semble assez paradoxale avec l’ambition du programme et le cadre règlementaire. Il convient aussi de rappeler l’apport non-négligeable de tou·tes nos collègues au quotidien, l’EMI restant un cadre très investi au collège par les professeur·es documentalistes permettant ainsi d’aborder aussi bien les médias, le numérique mais aussi le livre.

Nous regrettons donc que les « petites corrections » aient été plus entendues que les vraies questions de fond. Alors que l’EVARS bénéficie d’un cadre horaire minimum établi, l’EMI ne l’a pas et semble vouloir avancer avec tout le monde, mais surtout en taisant l’apport et le rôle de notre profession.

En prenant en compte cette position, un programme d’information-documentation serait donc le bienvenu pour ainsi assurer un apport explicite des sciences de l’information et de la communication à cette éducation au même titre que les autres disciplines.

Nous vous invitons également à prendre connaissance de la contribution écrite envoyée à la DGESCO construite à partir de notre prise de parole à l’audience du 18 mars et d’éléments supplémentaires, disponible en cliquant ici.