INSPÉ : Des Parcours Documentation menacés
Selon les informations recueillies par l’A.P.D.E.N. depuis quelques semaines auprès de personnels en académie, plusieurs parcours de formation des futur·es professeur·es du second degré sont menacés, notamment en Documentation. Les formations actuellement dispensées en Master Documentation dans les INSPÉ de Limoges, Clermont-Ferrand et Montpellier sont directement remises en question. Pour Clermont-Ferrand et Montpellier, la décision de fermeture semble d’ores et déjà prise pour la rentrée 2026. À Reims, la non-ouverture du Master à la rentrée prochaine est également actée. Plusieurs raisons motivent cette dernière : le refus du ministère de mutualiser une partie de la formation du bloc 1 au niveau de la région Grand-Est et le départ en cours d’année de la seule enseignante chercheuse titulaire intervenant dans la formation.
Ailleurs, le répit pourrait n’être que de courte durée : l’accréditation pour la spécialité Documentation du nouveau Master Enseignement et Éducation (M2E), octroyée pour la rentrée 2026, pourrait être menacée à moyen terme. C’est ce que les échanges semblent laisser entendre au sein des universités de Limoges, d’Aix-Marseille, et de Toulouse.
Le maillage national de formations s’est déjà considérablement étiolé ces dernières années avec des disparitions de cursus à Grenoble en 2025, et depuis plus longtemps à Poitiers et à Nice. Si parfois il est question de projets de regroupement (Bordeaux-Limoges), de formation hybride ou en distanciel, d’autres ont déjà fusionné. C’est le cas en Île-de-France, où la formation des futur·es professeur·es documentalistes est désormais concentrée à Paris, le parcours de Créteil ayant fermé.
Cette situation, marquée par l’incertitude, est problématique à plus d’un titre.
Tout d’abord, il nous faut rappeler la pénurie structurelle de professeur·es documentalistes due à un nombre de postes ouverts insuffisant depuis déjà de nombreuses années - une situation que l’A.P.D.E.N. dénonce de longue date.
Les professeur·es documentalistes nommé·es dans les établissements du secondaire ne sont en effet pas assez nombreux·ses. D’un côté, de trop nombreux établissements sont sans poste à temps complet (30h), notamment en milieu rural. De l’autre, certains postes ne sont pas pourvus, des temps partiels ne sont pas complétés. Des personnels de direction restent très souvent sans solution de remplacement en cas de besoin. Ils se voient obligés d’improviser des solutions insatisfaisantes. Ainsi, des CDI restent fermés, certain·es élèves bénéficient alors d’un moindre accès au livre et aux ressources, d’un enseignement en information-documentation pour le moins erratique, d’une EMI sporadique, ce qui engendre une inégalité problématique. Après la mise en application du décret des ORS de 2014 [1] et de la circulaire de mission de 2017 [2], on aurait pu s’attendre à une politique de recrutement et de moyens à la hauteur des annonces politiques et des cadrages réglementaires renouvelés, et, voir ainsi s’inverser la courbe des personnels recrutés : il n’en est rien.
De leur côté, les étudiant·es qui souhaitent intégrer la profession voient à nouveau la continuité de leur parcours fragilisée. Pour certain·es, la solution serait la poursuite d’études dans des villes plus éloignées, où le coût de la vie est sans commune mesure, dans un contexte où la précarité sociale estudiantine n’est plus à démontrer. Dans l’académie de Grenoble, pour devenir professeur·e documentaliste, les étudiant·es doivent partir à Lyon ou Aix-Marseille. En Nouvelle Aquitaine, qui regroupe 12 départements, c’est à Bordeaux que les étudiant·es devraient à terme tous·tes converger. Dans la région région Grand Est, le Master ne sera plus localisé qu’à Nancy pour les lauréat·es au concours et à Strasbourg pour les non lauréat·es. Ainsi, les étudiant·es et stagiaires professeur·es documentalistes de toute la partie occidentale de la région, qui s’étend sur 350 km environ de Langres à Givet, n’auront plus accès à une formation universitaire de proximité.
Enfin, ces décisions affectent les collègues formateurs et formatrices dans les INSPÉ, mis·es devant le fait accompli, sans plus d’informations pour certain·es. Ils et elles voient ainsi balayé leur investissement de longue date dans la construction de formations à la qualité reconnue, attractives au vu des effectifs et qui menaient à la réussite des promotions successives de jeunes professionnel·les.
La partie n’est pas encore totalement jouée partout. Ainsi à Limoges, les professeur·es documentalistes de l’A.P.D.E.N. académique sont pleinement investi·es aux côtés des formatrices et des organisations syndicales et multiplient courriers et audiences dans les différentes instances pour repousser les échéances de fermeture et mettre les décideur·euses locaux·les devant leurs responsabilités.
Ces fermetures dans les INSPÉ font suite à la réforme générale de la formation initiale en cours de mise en œuvre pour faire face à la crise de recrutement des enseignant·es [3]. C’est ce que rappelle le ministère dans une réponse faite en novembre 2025 au député Hadrien Clouet, porteur d’une question au gouvernement à l’Assemblée sur les conséquences de la réforme pour le CAPES Documentation : elle est « destinée à renforcer l’attractivité des concours et à mieux préparer les professeurs aux réalités de leur métier », et d’ajouter finalement « Le rôle des professeurs documentalistes dans la formation des élèves à l’information-documentation, à l’éducation aux médias et à l’information, et plus largement à l’esprit critique demeure pleinement reconnu par le ministère. » [4]. Or le CAPES Documentation ne rencontre pas les difficultés de recrutement de certaines filières en tensions.
La reconnaissance de l’apport de la profession dans la formation des futur·es citoyen·nes est certes un premier pas, mais on ne peut se contenter de ces déclarations. Les annonces de fermetures de parcours Documentation dans les INSPÉ vont à rebours des déclarations politiques comme des besoins de terrain, alors même qu’une filière riche et dynamique se construit depuis plusieurs années. Nous en appelons à une politique nationale cohérente sur ce sujet, sur tout le territoire national, mobilisant tous les acteurs et actrices concerné·es, transparente et à la hauteur des enjeux.
Les Bureaux académiques et Bureau national de l’A.P.D.E.N.
[3] Décret n° 2025-352 du 17 avril 2025 modifiant les conditions de recrutement et de formation des corps enseignants, du personnel d’éducation et des maîtres de l’enseignement privé sous contrat du ministère chargé de l’éducation nationale, sur https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000051490773 Et Arrêté du 17 avril 2025 fixant les modalités d’organisation du concours externe du certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré, sur https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000051491230
La présentation de la réforme sur le site gouvernemental : https://www.devenirenseignant.gouv.fr/reforme-du-recrutement-et-de-la-formation-initiale-des-professeurs-mieux-former-pour-mieux-faire-1516 [Consulté le 23/02/2026]
Voir notre article publié en mai 2025 : https://www.apden.org/Reforme-du-CAPES-alerte-sur.html


