2017
janv.
22

Rapport moral 2016

présenté en comité directeur des 14 et 15 janvier 2017

L’association des professeurs documentalistes de l’Éducation nationale, par ses réflexions et ses actions, est résolument tournée vers une démarche constructive participant de l’évolution de la profession. Un objectif guide l’ensemble de notre engagement : le développement de l’élève, en tant qu’individu, en tant que membre d’une collectivité. C’est le sens d’une constance à valoriser le rôle pédagogique des professeurs documentalistes, dans leur mission d’enseignement, dans un domaine en construction permanente, la culture de l’information et des médias. C’est le choix de contribuer pleinement à la fonction essentielle d’une promotion de la lecture, d’une ouverture culturelle, dans le partage de valeurs humanistes souvent mises à mal. C’est le souci d’un système d’information construit au service de ces deux axes, contre une logique inverse qui pourrait être défendue par ailleurs.

La Fédération fonctionne à des niveaux divers, avec son bureau national, ses associations académiques et leur bureau, ses adhérents. La communication est un élément majeur dans cette organisation, avec la volonté de développer les moyens et contenus de cette communication, en collaboration avec les bureaux académiques, consultés régulièrement sur des choix importants pour la Fédération, notamment à travers l’écriture collaborative de textes. Grâce à une liste de diffusion que beaucoup déjà se sont appropriés, la communication entre adhérents n’a jamais été aussi aisée, et c’est un moyen d’échanges précieux pour avancer ensemble, avec plusieurs essais concluants, là aussi, de chantiers collectifs et d’écriture collaborative. La Fédération tient enfin à présenter des propositions pour l’avenir de la profession en consultant la profession dans son ensemble. La consultation et le souci d’une lecture synthétique des deux listes de diffusion professionnelles, du groupe Facebook dont le succès est remarquable, des échanges continuels sur Twitter, font partie d’une attention permanente. Ce respect de la profession dans son ensemble passe par des enquêtes, avec deux publications d’analyses dans l’année 2016, révélant une participation notable des collègues. Avec alors un ensemble d’indicateurs riches, entre la mesure quantitative des réalités et le témoignage qualitatif foisonnant, la Fédération développe en 2016 un positionnement qui, avec une finalité claire, le développement de l’élève, respecte celles et ceux qu’elle représente.

La continuation d’un apport à la réflexion internationale, dans la section School Libraries de l’IFLA, fédération internationale des associations et institutions de bibliothèques, avec des contributions en Congrès, avec une ouverture des colonnes du Mediadoc, notre revue professionnelle, aux pratiques et théories de l’étranger, avec enfin une traduction en bonne voie des School Library Guidelines, participe d’une volonté installée d’ouverture. La responsabilité d’un travail sur l’éducation aux médias et à l’information dans l’IABD... (inter-association archives bibliothèques documentation...), pour la deuxième année, relève d’un même souhait de partage, dans ce cas vers un souci de complémentarité interprofessionnelle. L’affirmation d’une nécessaire collaboration avec les partenaires associés à la lecture, par ailleurs, par le biais de publications dans la Nouvelle Revue Pédagogique collège et dans L’École des Lettres, s’inscrit dans cette même idée.

Le respect de la profession et l’ouverture coopérative sont certainement deux valeurs historiques de la fédération. Elles ne sont pas pour rien dans la reconnaissance de notre structure par l’institution. En 2016, trois audiences, auprès du Cabinet de la Ministre, auprès de la DGESCO, auprès du conseiller du Président de la République pour l’éducation, nous ont amenés à partager nos positions, nos arguments, nos propositions concrètes, avec des responsables institutionnels à l’écoute, soucieux de nos préoccupations, de nos inquiétudes. L’attention du Ministère de l’Éducation nationale pour la fédération passe notamment par une subvention octroyée pour la participation à l’action internationale, au Congrès de l’IFLA, avec le soutien complémentaire du CFI-BD, comité français international bibliothèques et documentation.

Toutefois, le bilan de l’année 2016 souffre de difficultés importantes, malgré une réflexion et une activité notables. Si nous avons continué un travail conséquent de proposition pour la didactisation des savoirs et des pratiques sociales en information-documentation, et leur mise en œuvre pédagogique, avec l’alimentation régulière du Wikinotions Info-Doc, avec un effort de communication des contenus développés dans les deux années précédentes, nous avons subi les confusions permanentes, parmi les interlocuteurs institutionnels notamment, régulièrement dans la Direction pour le numérique éducatif (DNE), entre l’information-documentation, l’éducation aux médias, l’éducation aux médias et à l’information, voire le numérique. Ces confusions, que l’on n’attend pas à de tels niveaux de responsabilité, ont un effet qui peut être désastreux pour l’avenir de notre mission d’enseignement, avec en conséquence une négation de l’histoire récente de l’information-documentation et de son essor. Le développement du principe d’une transversalité de l’EMI, sans réflexion sur les équilibres à trouver entre apprentissages spécifiques et interdisciplinarité, est le signe d’un recul majeur pour les apprentissages qui sont, saluons le référentiel de compétences professionnelles de 2013, de notre compétence et de notre responsabilité.

Mais la négation même de ce référentiel, texte réglementaire pourtant, jusque dans la conférence du plan national de formation consacré à l’EMI, en janvier 2017, illustre la difficulté de la Fédération, tout au long de l’année, peut-être davantage encore que les années précédentes, à faire valoir la légitimité d’une mission d’enseignement des professeurs documentalistes, légitimité pourtant inscrite dans la loi. Nous ne pouvons qu’être dubitatifs devant les postulats autoritaires de la direction pour le numérique éducatif, de l’inspection générale, qui semblent oublier le respect de la profession et l’ouverture coopérative, sans atteindre l’objectif d’une éducation aux médias et à l’information pour tous les élèves. Les décisions prises ne souffrent d’aucun effort argumentatif et laissent souvent perplexe quant au respect des cadres de référence.

Malgré cela nous n’avons pas baissé les bras, et la valorisation des savoirs info-documentaires, de l’exigence qu’ils supposent dans les formations continues, avec la proposition de supports, par exemple un tutoriel de construction de séquences, avec en outre une réflexion en cours sur la modélisation de mise en œuvre d’une séance, sont autant d’éléments qui favorisent une pérennité des apprentissages info-documentaires, au-delà de lubies passagères. Les échanges construits avec l’ANDEP, qui représente les professeurs documentalistes de l’enseignement privé, avec les formateurs en écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE), avec le Centre d’étude de la documentation et de l’information scolaire (CEDIS), ou encore avec les responsables du collectif Où est le prof doc ?, avec les syndicats, doivent continuer d’imposer une rigueur collective, collaborative, durable, pour la profession.

L’action de la fédération est conduite par la force d’un bénévolat exigeant, avec des conditions de travail quotidiennes qui peuvent être complexes, difficiles. Une association académique peut se retrouver en difficulté, quand une autre renaît. L’année 2016 a été traversée par une conscience accrue de la fragilité de l’engagement, comme dans les autres associations professionnelles. Si nous maintenons peu ou prou le nombre d’adhérents, c’est bien en insistant sur les échanges, peut-être encore insuffisants dans le cadre associatif, c’est bien en soutenant, depuis le bureau national, tout bureau académique connaissant des difficultés, en recherchant ensemble des solutions. C’est bien en faisant de la Fédération, l’association professionnelle de toutes et de tous les professeurs documentalistes de l’Éducation nationale, en clarifiant les positionnements, contre les caricatures, contre des discours haineux parfois.

Alors que s’ouvre un nouveau temps politique dans notre pays, l’A.P.D.E.N. se félicite de recueillir le soutien et l’attention de représentants de la République d’obédiences politiques différentes, selon des objectifs et perspectives qui souffrent peu de divisions partisanes. Les mobilisations de l’année 2016, tangibles sur les espaces numériques, dans les sympathies exprimées largement auprès de la fédération, avec un soutien précieux pour les membres du bureau national, doivent sans doute nous amener à insister sur le rassemblement de la profession, dans des associations académiques nombreuses et actives qui sont la base et la richesse de la fédération.

Je souhaite, dans ce contexte, que le mouvement d’ouverture se poursuive, en associant toujours davantage les adhérents aux travaux de la fédération. Je souhaite que l’équilibre des missions voulu et mis en valeur dans nos textes, continue de se comprendre dans les actions de la Fédération, à tous niveaux, malgré une actualité qui nous oblige, année après année, à insister sur l’importance de notre mission pédagogique, de notre mission d’enseignement. C’est une tâche particulièrement difficile que de trouver cet équilibre, condition pourtant d’un rassemblement essentiel, d’un engagement concret, associatif, des professeurs documentalistes qui, très nombreux, soutiennent la Fédération et les associations sans faire le pas de l’adhésion.

Je remercie, au nom du Bureau National, tous les Bureaux Académiques et tous les adhérents pour leur confiance, pour leur soutien, pour leur participation aux échanges, aux travaux, souhaitant bien évidemment poursuivre personnellement cet effort collectif avec vous.

Florian Reynaud
Président de l’A.P.D.E.N.

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