2015
janv.
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Mediadoc n°13 : édito

Décembre 2014

Identité numérique et apprentissages info-documentaires

La notion d’identité numérique n’est pas nouvelle dans le champ du questionnement mené par les professeurs documentalistes sur les savoirs à faire acquérir aux élèves. Elle n’en reste pas moins récente de par sa caractéristique numérique, qui renvoie à une technologie jeune. Pourtant, reportée à des problématiques plus anciennes, sa dimension scripturale, désormais multimédia, la situe à la confluence de l’extériorisation (publication) et de l’annotation (mémoire) de soi, comme constitutif de soi. Et l’on peut relire Sénèque (Lettres à Lucilius – lettre 84) que commente Foucault lorsqu’il écrit que « le scripteur constitue sa propre identité à travers cette recollection de choses dites ».

Cette profondeur historique n’est pas anodine, tant elle permet de relativiser ce discours de la nouveauté associé au numérique par le rappel de la persistance des enjeux politiques. Si l’on veut bien admettre que la construction de soi, en tant qu’individu et citoyen dans la société, est bien de cet ordre, cette profondeur devient primordiale pour aborder la question de l’identité numérique en distinguant ce qui ressort des dispositifs avec, sous-jacente, la question des données, de ce qui tient de la reconfiguration de l’espace public avec l’Internet.

L’enjeu éducatif se situe là, dans la conciliation de ces deux dimensions. L’approche par les risques et les dangers, si elle est nécessaire, est insuffisante, de même qu’une perspective qui ne considérerait que les outils. A cette fin, les professeurs documentalistes ont à faire valoir leurs compétences pour in-former, dans le sens d’une mise en forme structurante qui passe par l’acquisition, chez les élèves, de savoirs sur les dispositifs, selon des principes et des valeurs démocratiques. Le concept de « présence numérique », cher à Louise Merzeau, constitue en la matière une approche intéressante qui souligne la relation entre les caractéristiques techniques des plateformes et la nécessaire responsabilisation des individus.

Afin d’engager la réflexion sur cette recherche d’équilibre dans un enseignement des savoirs relatifs à l’identité numérique, Julien Pierre, s’est employé, dans ce numéro de Mediadoc, à mettre en perspective les dimensions sociale et technique de l’identité numérique. Pour cela il s’est arrêté sur le processus d’intersubjectivation, abordé pour sa dimension théorique structurante dans la construction de, ou plutôt des identités, avant d’introduire le concept d’ « individu transmédiatique » fondé sur la nature plurielle et protéiforme des profils, inscrits dans des logiques technique et économique cachées qui imposent des apprentissages éclairés. Cette contribution est complémentaire avec celle de Jean-Philippe Accart, qui apporte un travail définitoire sur la notion d’identité numérique et ses prolongements, ainsi qu’une introduction aux enjeux éducatifs qui en ressortent. Ce travail de définition est aussi présent chez Richard Peirano, entre construction didactique et pratique professionnelle, qui relate une expérience pédagogique centrée sur la notion de trace abordée sous la forme d’un jeu de rôle.

Il est manifeste que les professeurs documentalistes se sont emparés de l’identité numérique pour l’aborder avec les élèves. C’est le cas de Christelle Halle qui, pour le collège, a élaboré une progression dans laquelle elle aborde la question des risques, de la présence numérique et du droit. Par ailleurs, Erika Bourciquot au collège, et Carole Jaillet au lycée, développent des séquences pédagogiques qui concourent, à partir des pratiques des élèves, à mettre en œuvre une éducation aux médias et à l’information (EMI) qui appréhende l’identité numérique dans une triple approche technique (modèle de fonctionnement des plateformes et des dispositifs médiatiques), citoyenne (responsabilisation des individus, notamment au sujet de la gestion des données) et juridique (dimension légale et réglementaire).

En conclusion à ce numéro, nous soumettons au lecteur le cartouche « identité numérique » du Wikinotions InfoDoc. Au-delà de sa consultation, cette publication est une invitation à contribuer aux quelque cent notions référencées à ce jour. Tous les apports sont respectables, si humbles puissent-ils paraître à leur auteur. Il n’est, pour commencer, que d’en prendre connaissance. Sur ce point, nous sommes tous d’accord pour dire que, de même qu’écrire, lire participe de la construction de soi !

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