2011
juin
16

Le learning centre : modèle pédagogique pour l’école numérique ?

Analyse critique d’un modèle.

Un nouveau « modèle » d’établissement à l’ère du numérique a été présenté au séminaire de l’ESEN en mars 2011. D’origine anglo-saxonne, il redessine le modèle pédagogique dominant du « teaching » par celui du « training » et du « learning », et cela grâce à des espaces de vie scolaire à réinventer : les learning centres.

Ce séminaire voulait impulser une incitation au changement en présentant des récits porteurs de cette « innovation » dans le contexte de l’enseignement supérieur essentiellement (en Grande-Bretagne et en France). Il a donc été proposé, à travers l’analyse de ce modèle et de son équipement tout numérique, de montrer comment permettre une meilleure réussite des élèves en modifiant profondément les pratiques d’enseignement et les pratiques de médiation.

Dans le développement de la culture informationnelle, et plus largement dans la construction de tous les savoirs, certains discours dominants imposent les machines à apprendre comme modèle. Jusqu’à quand l’humain gardera-t-il la main sur la pédagogie et la didactique ? Et plus particulièrement en information-documentation où les technologies numériques ont largement bouleversé le rapport de l’homme aux données ?

Aujourd’hui l’élève s’informe et communique avec le monde en temps réel et voici ressurgir le fantasme selon lequel l’informatique et l’explosion d’Internet inventent de nouvelles façons de penser et d’organiser l’apprentissage. L’enseignement dispensé dans l’établissement, autrefois organisé en cours souvent cloisonnés, évoluera désormais en « écosystème » perméable, facilitant les collaborations. Le professeur dans son rôle de « coach » conservera donc toute sa légitimité.

Or, un enseignement à distance généralisé, désincarné, ne ferait qu’élargir la fracture numérique. Et ce n’est pas être passéiste que de résumer ce séminaire à ce simple slogan : « croyez en vous et en vos capacités à bouger, car il est urgent de changer de modèle, de passer du cours à l’autodidaxie, d’envisager l’action d’apprendre sans maître, de passer enfin du CDI au learning centre ! »

Lecture critique du modèle

Digital is beautiful

Comment le modèle architectural du learning centre accompagnera-t-il la mise en œuvre de nouvelles démarches d’apprentissage dans l’enseignement français ?

Comment, à l’ère du numérique, les technologies de l’information et de la communication permettront-elles de résoudre les besoins d’information des élèves ?

D’après les intervenants à ce séminaire, la bibliothèque, « troisième lieu » de vie des élèves, permettrait de transformer leur vie personnelle et leur rapport à l’apprentissage. Ce modèle s’appuie sur la responsabilité et l’autonomie affirmées des élèves dès leur plus jeune âge et impose une démarche constructiviste (auto-apprentissage et apprendre à apprendre) comme « modèle » des apprentissages. Cela inciterait les élèves qui le veulent à participer au « training » ou « e-learning » conçus pour eux, disponibles sur les machines dans et hors établissement 24h/24. Un « SOS » électronique mettrait l’élève en relation avec un service qui lui chercherait un coach, un expert disponible dans une salle annexe (salle des professeurs ?) ou répondrait à la demande en fonction du besoin d’information. Et au sein de l’établissement, le guichet unique proposé dans le learning centre permettrait de répondre à toutes les demandes des élèves.

Cependant les lycéens ne sont pas des étudiants, pour lesquels le modèle du learning centre a été conçu. Que se passera t-il pour les élèves qui ne seront pas suffisamment autonomes ? Resteront-ils au bord du chemin de leurs apprentissages devant un écran ?

Ce modèle présenté nécessite, évidemment, de revisiter le système scolaire actuel pour tendre vers une démarche de « student-centred learning » qui implique plus de travail personnel de la part des élèves, moins d’heures de cours en classe. C’est donc la répartition des emplois au niveau de l’établissement entier qui est questionnée : postes d’enseignement, d’encadrement, d’expertise (technique, juridique, didactique), d’accompagnement. Mais cet aspect du problème n’était pas à l’ordre du jour du séminaire et n’a pas été abordé.

Liberté ou libertés ?

Le principe de liberté est énoncé clairement, pour ne pas dire martelé : liberté d’accès à l’information, liberté d’accès aux espaces, liberté de comportement dans l’espace, liberté de travailler, liberté de jouer... …Un exemple a été présenté par Marie-France Bisbrouck : celui de la bibliothèque concept de Delft. Pour autant, ni le mot « liberté », ni celui d’interdit(s) - qui dans le cadre conceptuel du séminaire en serait l’antonyme- n’ont été prononcés. Le terme omniprésent est « autonomie ». Le lieu doit donc répondre aux besoins de l’élève en lui offrant un espace attractif, ouvert et unique, mettant à sa disposition des services multifonctionnels. Le décloisonnement permet de rendre l’espace plus familier aux élèves ; il autorise une circulation aisée entre les ordinateurs et les espaces de conversation, facilitant l’accès à des ressources illimitées ou à des savoirs nombreux et actualisés venant de la planète entière.

Dans le contexte des établissements scolaires du second degré, le learning centre est présenté comme un choix de vie… scolaire. C’est une approche élargie du lieu de vie de l’élève dans l’enceinte de l’établissement qui est ainsi proposée : fusion des lieux (CDI - salle de permanence - espaces de convivialité type maison des lycéens) et des services. La polyvalence demandée aux personnels apparaît donc comme une conséquence logique de ce choix.

Mais ce choix n’est-il pas essentiellement dicté par des raisons économiques plutôt que pédagogiques ? Dans son exposé, Graham Bulpitt [1] n’a-t-il pas glissé du terme « étudiant » à celui de « public » ?

La logique de consommation rencontre-t-elle la finalité de l’enseignement ? Peut-on superposer les termes attentes, besoins, services, enseignement et apprentissages ?

La modernité d’un monde informationnel en vitrine

Concernant le lieu learning centre, les vidéos mises en ligne sur le site de l’ESEN [2] donnent à voir des outils technologiques et des services à distance liés au service d’éducation, ce qui implique des investissements mobiliers importants et coûteux : ordinateurs, automates assurant le prêt, espaces de travail conviviaux en nombre, mais aussi vidéo surveillance. Le campus virtuel se donne à voir et le luxe exerce son pouvoir séducteur. Mais ce luxe de moyens concernerait-il tous les établissements du second degré ?

Une modernité des outils et des services permettant le libre accès et le libre choix des élèves, dans le confort et la rapidité de services automatisés, favoriserait, dans l’esprit des concepteurs, la construction autonome des connaissances. L’information est mobile, migrant d’un support à l’autre. Le mobilier aussi devient mobile : le design colle au besoin immédiat de l’élève et la roulette est l’accessoire indispensable de ces espaces modulables, dont le maître mot est « flexibilité ». Nulle situation d’égarement du lecteur d’écran dans cet environnement de travail, car sur le peu de murs disponibles, des posters invitent à utiliser les tutoriels, les e-cours ou les « jeux sérieux » (« serious game »). L’essentiel dans ce lieu de vie est la présence d’autres élèves dont on fait l’hypothèse qu’ils accompagneraient le lecteur peu familier.

L’union de l’architecture et de l’intégration des nouvelles technologies rendrait-elle les bâtiments intelligents et, par capillarité, les personnes qui fréquentent ces lieux ? Au point de penser que les lieux puissent lutter seuls contre l’échec scolaire ou favoriser le partage des connaissances de ceux qui s’y trouvent ?

La fin du « modèle » des CDI annonce-t-elle la fin des médiations directes ?

L’annonce de la possible fin du modèle des CDI, au profit d’un « open space » convivial, bruyant et ouvert jour et nuit sur la plus grande bibliothèque du monde (Internet) interpelle les professionnels de l’information-documentation. La confusion permanente entretenue, entre information, savoir et connaissance laisse perplexe les professeurs documentalistes.

L’argument pédagogique prend une orientation unique, celle de l’usage des outils et de services en ligne. Il est orienté vers la maîtrise des outils et ne permet pas de faire entrer la culture informationnelle dans ces « lieux de connaissance ». Quant à la didactique, elle a été tout simplement évacuée.

La FADBEN voit dans ce « modèle », le désengagement de la médiation pédagogique directe auprès des élèves pour des raisons strictement financières énoncées dans la conférence éclairante de Graham Bulpitt.

L’investissement mobilier excessivement coûteux ne sera pas généralisable, et à qui profitera-t-il ? Le « modèle » réinventera-t-il aussi la fonction des personnels enseignants dans l’établissement ?
Dans la transparence des espaces ouverts, ce sont les machines qui dessinent l’espace et l’absence de médiation directe du professeur documentaliste en relation avec les autres enseignants laisse augurer des jours difficiles pour les élèves. Dans le domaine de l’information-documentation, nous voyons tous les jours la surabondance de l’information créer « un mur de l’information », qui ne permet pas aux élèves d’y accéder et qui complexifie toujours plus l’accès au savoir.

La FADBEN ne cesse d’affirmer l’importance du rôle de l’enseignant documentaliste dans les processus d’enseignement-apprentissage.

Bien au-delà de la simple maîtrise des techniques et des outils, le professeur documentaliste construit des savoirs et participe au développement de l’esprit critique de l’élève.

La FADBEN interpelle l’institution, les politiques, les enseignants de toutes disciplines et les parents d’élèves pour leur signaler que ces vastes espaces ouverts ne sont qu’un leurre pédagogique où le parcours de formation devient un vaste dédale dans lequel l’élève parvient à construire son propre parcours... ou pas. S’il le construit, ce sera trop souvent seul entre les murs d’une école renvoyant implicitement à la famille une grande partie de la formation.

Pour compléter le texte d’analyse de la FADBEN, nous mettons à votre disposition le compte-rendu factuel du séminaire national "du CDI au learning centre" qui s’est tenu à L’ESEN (Poitiers) du 23 au 25 mars 2011.

Séminaire : J1

Ouverture - Erick ROSER, Doyen de l’Inspection générale de l’éducation nationale Il met en avant la qualité du programme du séminaire, temps d’étude et de réflexion autour de trois idées :

  • L’action documentaire participe à la rénovation du système scolaire. La condition de réussite de l’élève est corrélée à la recherche d’information placée au cœur des apprentissages et essentielle par l’évolution des pratiques pédagogiques liées à la réforme du lycée. Démarche active et pluridisciplinarité
  • L’action documentaire est l’affaire de tous. L’ensemble des acteurs pédagogiques et d’accompagnement doit définir la politique documentaire de l’établissement. Le conseil pédagogique devrait se saisir de cette question : réflexion à propos du temps et des espaces d’enseignement et de vie scolaire. La Politique documentaire est orchestrée par un expert, le documentaliste.
  • La documentation : un service de proximité lié aux apprentissages de l’élève favorisant leur réussite. Elle nécessite une organisation simplifiée de l’accès à l’information et une organisation de la connaissance liée au service des apprentissages. Ce qui se passe dans les bibliothèques universitaires françaises est une voie possible, comme il faut regarder aussi ce qui se passe à l’étranger avec les Learning centres.

Un Nouveau lieu pour apprendre, un lieu plus convivial, moderne, ouvert accompagnera l’évolution de l’innovation : le learning centre ; et vous, IPR, personnel de direction, CPE et professeur documentaliste, vous êtes les acteurs du changement.

Eduquer , former - Jean-Marc Monteil (Professeur des Universités, CNAM) Sommes-nous entrés dans une véritable réflexion sur la question « enseigner-apprendre » ?

Il existe une reproduction de certaines modalités d’enseignement et d’apprentissage mais on n’a pas tenu suffisamment compte des évolutions scientifiques et technologiques. Il n’y a pas de véritable organisation de la transmission de la connaissance dans le couple « enseigner apprendre ».

La recherche est implicite dans le contexte de l’éducation nationale, notamment la connaissance scientifique. Les connaissances continuent à se poser de manière rhétorique.

  • Y a-t-il une didactique transversale ?
  • Apprendre et enseigner, cela s’apprend.
  • Quels sont les savoirs indispensables ?

Sur quoi repose l’idée selon laquelle l’enseignement est une habileté professionnelle ? : les contenus de savoir mais pas seulement . Enseigner est un tour de main et apprendre est lié à un équipement « précablé » des apprenants.

Enseigner-apprendre :

Pour une société, pour une catégorie d’apprenant, il faut disposer d’un socle commun. C’est ce qui rassemble : chacun doit maîtriser ce socle commun mais chacun doit-il y arriver par le même chemin ?

Comment faire pour que les savoirs du socle commun soient partagés par des personnes ayant des différences énormes, sociales, culturelles.... Jean-Marc Monteil interroge la notion de classe, qui suppose des normes, des codes, connus et partagés par tous les élèves ; or, ce n’est pas le cas. Disposons-nous d’espaces et de temps qui pourraient être dédiés à la prise en compte de ce discours pour que les contenus puissent être appropriés avec une probabilité équivalente par des personnes différentes ? Cela nécessite la prise en compte de la diversité : un problème organisationnel est à résoudre ce qui pose la question de la pertinence de la structure classe. Dans la situation du schéma « enseigner-apprendre » : on a un sujet (élève) doté de propriétés intrinsèques qui sont différentes (sont-elles universelles ? mais qui peuvent être culturellement marquées) et on a un objet doté de caractéristiques propres (un problème de math par exemple). L’acte d’apprendre c’est appliquer les propriétés intrinsèques du sujet sur les propriétés intrinsèques de l’objet. Il existe des différences dans le traitement de l’objet par les sujets.
Le rapport du sujet à l’objet est fait de multiples facteurs (par exemple : échec/réussite). Un sujet peut avoir un rapport simple à l’objet (pas de problème de relation à l’objet) ou double (problème de relation à l’objet et problème de l’objet lui-même). Ce rapport peut être positif ou négatif. La médiation va colorer ce rapport.

Face au traitement d’un objet, nous ne sommes pas égaux, cela permet l’expression des diversités.

La distribution des résultats scolaires suit la courbe de Gauss. Or le résultat de l’éducation devrait être une courbe en J. L’écart entre les deux est dû à la non prise en compte du rapport du sujet à l’objet ce qui amène certains à une sortie du système scolaire puis il y a un ensemble moyen et enfin ceux qui ont les codes. La courbe de Gauss est le résultat de l’acquisition des codes de l’école. D’ailleurs, « les profs finissent le programme, pas les élèves ».

Les enfants scolarisés très tôt à 2 ans ont déjà une diversité. On les met dans l’école avec ses codes et les enfants se comparent. Si on organise cette école de la même façon que celle qui va suivre, la comparaison avec les autres peut être favorable ou défavorable. Si cette comparaison est défavorable alors ensuite le rapport à l’objet est déjà marqué négativement. Pourquoi ne pas considérer l’école dès 2 ans comme un lieu de socialisation uniquement ? Comment faire l’école à des enfants de 2 ans pour qu’il y ait moins d’inégalité ensuite ? Comment organiser l’espace social de l’apprentissage pour les enfants de 2 ans ?

Une expérience a été menée dans l’académie d’Aix Marseille : pas de cours la première semaine de la rentrée pour les élèves de 6e dans une cité scolaire de Marseille : l’élève fait connaissance avec son nouvel environnement (apprentissage de sa nouvelle vie d’élève du secondaire).

Si l’école doit changer, comment organiser le temps et l’espace d’apprentissage sur la durée ? On prend un objet, on le contextualise dans des espaces différents, des temps différents pour augmenter la possibilité pour les élèves d’accéder à l’objet : des habillages différents sont à fournir.

La technologie moderne peut-elle fournir des habillages différents ? La culture scientifique est faible y compris chez les scientifiques. Une formation sur la façon dont le savoir est produit est donc nécessaire. Car ce qui est à transmettre, c’est la condition de la production du savoir avec le savoir.

Conférence inaugurale - "Apprendre dans la société numérique : rôles de l’école et de la bibliothèque - Les Learning centres en Grande-Bretagne » - Graham BULPITT, Directeur du Learning ressource centre, Kingston University, Londres.

Les enjeux des BU en Grande Bretagne.

Le Learning centre un projet architectural qui s’inscrit dans un contexte économique particulier : la “recession”. Le gouvernement a comme priorités la réduction immédiate des dépenses publiques, la révision des retraites du secteur public. Le rapport Browne sur l’enseignement supérieur propose que tous les coûts de scolarité soient supportés par les étudiants (environ 9000 livres).

L’enseignement supérieur se trouve face à un déficit financier causé par une baisse des subventions et une augmentation des coûts de scolarité associée à une hausse du nombre d’étudiants. Par ailleurs, 1/3 des personnels de l’université ont entre 50 et 59 ans.

Des objectifs de résultats sont mis en place pour répondre aux besoins des entreprises. Une évaluation des universités se déroule tous les 5 ans elle concerne l’ enseignement, la recherche et le Learning centre.

Le learning centre est un investissement stratégique. Développement d’infrastructures modernes. Architecture, bâtiment…

Le learning centre répond à une pression financière : réduire le temps pour l’apprentissage implique, des réductions de personnels.

Une façon différente d’apprendre ?

Une philosophie éducative : l’apprentissage actif : Un modèle d’apprentissage autonome. En privilégiant une autre façon d’apprendre la bibliothèque place l’étudiant dans une dynamique active d’apprentissage fondée sur la résolution de problème ; l’enseignant est alors un guide. (Enquête 2010 sur le public des Learning centres : 42% des étudiants le fréquentent tous les jours. Pour un étudiant : 10 heures de cours, 13 heures de travail dans le Learning centre par semaine)

  • Des environnements de travail équipés pour les étudiant(e)s. Un campus électronique. Les livres et autres ressources d’information jouent un rôle clé dans ce modèle d’apprentissage, qui place les bibliothèques au coeur du processus éducatif ;
  • Un environnement flexible ;
  • Un laboratoire de nouvellles formes d’enseignement ;
  • Des ressources et des services d’expertises pour travailler différemment
  • L’objectif de résultats ;
  • L’entrée par “compétences” pour mieux répondre aux besoins des entreprises.

Développement de nouvelles façons de transmettre les connaissances en utilisant le learning centre. Servir les besoins de chaque étudiant individuellement :

  • En développant l’accès à des environnements d’apprentissage - réels et virtuels ;
  • En présentant un vaste choix de supports d’information et d’enseignement ;
  • En offrant la possibilité de s’engager dans différentes activités d’apprentissage seul ou avec ses pairs ;

Modèle d’apprentissage autonome : tuteur→étudiant→information.

Everything is everywhere !

Convoque le schéma managérial :

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Quelques facteurs de succès du Learning centre : équipes multi-professionnelles qui travaillent ensemble, enseignants réceptifs aux autres...

Les aménagements des learning centre.

Le modèle d’apprentissage autonome (tuteur→ étudiant→ information) est plus efficace car l’étudiant participe activement. Les Learning centres sont au coeur de ce modèle d’apprentissage.

Un enseignement efficace trouve place dans un environnement social donné :

  • vers l’apprentissage actif
  • car moins d’argent = moins de professeurs
  • Un environnement flexible
  • L’intégration d’un ensemble de ressources, de services et d’expertise
  • L’anticipation et la conduite d’un changement de modèle éducatif

La création de nouveaux aménagements :

  • Café éducatif
  • Espaces de travail individuels
  • Salles pour le travail en groupe
  • Centre d’apprentissage flexible
  • Mise à disposition de postes informatiques
  • Bornes d’aide et de conseil ; un environnement électronique qui recopie toutes les possibilités des environnements réels.
  • Regroupement de service sur une même plateforme avec des personnels (information et informatique) prêts à travailler ensemble et à collaborer.

Table ronde n°1 « Exigences du socle et des nouveaux programmes et espaces scolaires » - Jean-Michel BLANQUER, Directeur général de l’enseignement scolaire - (Discours enregistré)

La question de la fonction documentaire est essentielle dans les structures d’enseignement, elle est renouvelée par le contexte des réformes de l’Education Nationale (Ecole primaire, socle commun, réformes du Lycée.). Le centre de ressources documentaires et informationnelles fournit à tous documents et informations dont ils ont besoin.

La fonction documentaire est centrale et transversale, vis à vis de l’élève, en animation et en relations extérieures. On doit en retrouver les effets dans la réussite de tous les élèves.

Les ancrages fondamentaux sont inscrits dans le socle commun [école primaire] :

  • la maîtrise de la lecture (complémentarité papier et numérique) l’autonomie ;
  • l‘individualisation des parcours de formation : autonomie ( capacité à rechercher l’information)

Le Socle commun de compétences et de connaissances au collège est un pont dont la documentation est le pilier. Le but recherché est la transversalité des savoirs. Le documentaliste en est le ferment. La fonction documentaire est essentielle pour le socle.

Au lycée, par l’évolution des centres, c’est une fonction documentaire affirmée moderne et avant-gardiste qui anime la vitalité pédagogique.

Table ronde : Claude Bisson-Vaivre (Inspecteur général de l’éducation nationale, groupe EVS) [modérateur]

Le Learning centre en s’appuyant sur le CDI ferait passer l’école de lieu de transmission de savoir à un espace de concentration de ressources et espace d’apprentissage.

Claude Bisson-Vaivre :

Sur les connaissances : la recherche renouvelle les savoirs. Cette nécessaire assimilation de nouvelles connaissances toujours plus nombreuses, n’introduit elle pas une nouvelle façon d’apprendre ?

Annie Mamecier (Inspectrice générale de l’éducation nationale, groupe SVT) :

Les connaissances et leur place ne sont pas remises en causes mais ce qui a changé c’est la posture des enseignants. Avant ils transmettaient mais aujourd’hui ils font acquérir des savoirs où la place de l’élève est différente avec une pédagogie plus active. Sur la question du choix des sujets traités : en science, l’augmentation des connaissances (empilement) s’est heurtée au choix nécessaire. Depuis 15 ans, les sciences expérimentales ont fait le choix d’ancrer les concepts à enseigner dans des problèmes sociétaux et donc retrait de pans entiers de programmes, ces choix sont aujourd’hui adoptés.

Comment se fait l’acquisition des connaissances ? Ce qui est important c’est le statut de la connaissance. Il faut faire en sorte que l’élève maîtrise l’information qu’il a trouvée et c’est là le rôle de l’école.
A l’intérieur de l’établissement : le CDI où les collections scientifiques sont souvent moins fournies en science car il existe des laboratoires de sciences où sont stockés les manuels, les horaires des CDI ne sont pas toujours compatibles avec ceux des élèves, la structure du CDI peut évoluer comme avec les TPE, les PPCP ; le lieu médicosocial devrait lui aussi évoluer : les infirmières n’ont pas le rôle d’enseignement et de formation qu’elles devraient ; la salle de permanence devrait évoluer en étant associée à une véritable salle de travail ; le hall des établissements scolaires devrait évoluer : pourquoi ne pas afficher les travaux d’élèves comme à l’étranger dans les établissements français ?

Claude Bisson-Vaivre :

Formation du Citoyen : comment ancrer le futur citoyen dans les valeurs du passé ? De quels outils dispose-t-on en établissement scolaire pour le mettre en place ?

Laurent Wirth (Inspecteur général de l’éducation nationale, groupe Histoire-Géographie) :

Le CDI est le carrefour de l’établissement. Le lien entre CDI et professeurs d’histoire géographie est ancien. Sans prétendre au monopole de la formation du citoyen car toutes les disciplines y participent, mais l’histoire géographie entretient une relation particulière avec l’éducation civique : il y a de multiples occasions dans les programmes en géographie et en histoire de faire des allers retours entre le passé et le présent (ancrer le futur citoyen). Comment faire pour s’adapter à cette nouvelle configuration que sont les TIC, sortir de la classe ? Les TIC sont un défi majeur dont toutes les disciplines doivent s’emparer : travail renouvelé dans ce contexte avec les professeurs documentalistes. Dans de nombreux établissements, des cabinets d’histoire géographie existent et font parfois concurrence au CDI : une collaboration est nécessaire pour réfléchir sur l’utilité actuelle de ces cabinets.

Dans les programmes de géographie, il est inscrit pour la première fois de sortir sur le terrain en sixième et cela nécessite la collaboration du professeur documentaliste, de la vie scolaire, des autres collègues.
Travailler autrement dans le contexte du socle, de la réforme du lycée : au collège, travail par compétences et au lycée il faut trouver de nouvelles modalités de travail avec les TIC en articulation avec les professeurs documentalistes et les autres disciplines mais aussi travailler autrement : amener les élèves à s’exprimer à l’oral. L’option d’ histoire géographie en terminale S qui sera à l’oral au bac peut être un laboratoire d’expérience.

Claude Bisson-Vaivre :

Les compétences 6 et 7 du socle sont transversales. Comment les mettre en œuvre ?

Catherine Bizot (Inspectrice générale de l’éducation nationale, groupe des Lettres) :

Pourquoi pas un jour des pôles disciplinaires ancrés dans les disciplines mais avec une convergence et une cohérence des programmes ? Complicité naturelle des lettres avec les professeurs documentalistes : au niveau des programmes du lycée, il y a réaffirmation de cette proximité. Le français est à la fois un moyen d’apprentissage et un objet d’apprentissage (particularité) et à ce titre il est concerné par toutes les compétences du socle. Les professeurs de français sont très habitués à la transversalité comme les professeurs documentalistes.

Autonomie, créativité, responsabilité : des compétences qui se forment dans et par l’analyse des textes. 2 exemples : Compétence 4 relève du savoir lire, écrire, se documenter. De plus, la réflexion sur le lien entre les supports et le sens est une réflexion inhérente au français. Education aux médias est explicitement présente dans les programmes de seconde, première et terminale ce qui implique de lire, de traiter l’information. Il est dit explicitement dans les programmes qu’une collaboration avec le professeur documentaliste est vivement souhaitée : cela va de soi car la rencontre avec l’écrit, le livre, le presse, doit passer par des rencontres qui ne peuvent pas toujours se faire au sein de la classe mais au CDI qui est un lieu idéal pour l’accès à la lecture des élèves, le choix des lectures.

Le CDI peut être le lieu où les disciplines peuvent construire ensemble des parcours convergents.

Un autre aspect est inscrit dans les programmes : pédagogie active recommandée donc posture d’activité et l’enseignement d’exploration comme littérature et société en est l’exemple.

L’école est-elle structurée aujourd’hui pour accueillir ces pratiques transversales ? Il y a encore beaucoup d’obstacle car l’architecture même n’est pas prévue pour la rencontre, l’accès aux ressources.
Claude Bisson-Vaivre : Les disciplines technologiques ne sont vraiment développées qu’au cycle terminal du lycée. Comment les enseignants intègrent-ils l’apprentissage de l’autonomie ?

Norbert Perrot (Inspecteur général de l’éducation nationale, groupe STI) :

En STI, on est marqué par les branches professionnelles (on part des besoins des entreprises pour faire les enseignements). Les connaissances évoluent mais les démarches restent. Elles sont souvent évaluées en contrôle continu en cours de formation.

La démarche de projet existe aussi au collège et cela permet d’arriver à développer l’autonomie (activités pratiques, expérimentales). En collège, envoi de ressources sous forme de DVD mais cela arrive peu aux enseignants.

En classes préparatoires, il y a mise en ligne des ressources (activités, corrigés, TP) et cela développe l’autonomie des élèves.

Interdisciplinarité : les professeurs documentalistes sont presque les seuls dans les collèges à connaître les thèmes de convergence.
En lycée, le chef des travaux peut avoir tendance à stocker des ressources, des revues mais cela disparaît avec l’utilisation des ressources numériques. Toute activité se fait en utilisant les TIC.

3 points pour conclure cette table ronde :

L’enseignement ne se trouve plus uniquement dans la classe mais en interaction avec d’autres lieux qui doivent être fédérés autour du cdi pour faire un Learning centre.

Dans les réformes, les disciplines se réorganisent pour aller vers davantage de transversalité.

Il est important que les professeurs documentalistes, les CPE soient associés aux évolutions qui se mettent en œuvre dans les établissements (accompagnement personnalisé ne doit pas échapper aux professeurs documentalistes).

La question documentaire d’un établissement doit être à l’ordre du jour du conseil pédagogique.

« S’informer pour apprendre Et apprendre à s’informer » - François TADDEI, chercheur en biologie des systèmes à l’Inserm : Dialogue entre JL Durpaire et F. Taddei

JLD : Que pensez-vous du CDI ?

FT : Beaucoup de bien…Faire un test en demandant aux élèves ce que signifient les lettres CDI, ce que les élèves pensent du cdi, et imaginer un cdi sur une autre planète est très révélateur sur les attentes des élèves. Créativité, Découverte, Innovation ! Centre de développement de l’imaginaire !

Le cdi est le lieu qui a le plus changé dans l’établissement. Quand on fait des enquêtes (PISA) internationales il s’avère que : l’accès aux NTICE favorise les apprentissages, à condition d’avoir un bon bagage culturel. On apprend mieux avec les NTICE si on a beaucoup de livres chez soi !

La France est en dernière position en terme d’égalité au savoir. Le rôle du CDI est fondamental, c’est un des lieux de l’innovation pédagogique les plus marqués aujourd’hui.

Tout en étant le pivot pédagogique de l’innovation dans l’établissement, il n’a pas de forme canonique, pas de programme.

C’est important pour les élèves de connaître les conditions de production du savoir.

JLD : Apprendre à s’informer : comment l’école peut-elle remplir ce contrat ?

FT : Apprendre à s’informer, c’est apprendre à questionner. Il faut passer du temps sur les fondamentaux et les concepts, il faut penser l’imprévu.

Questions de la salle :

  • Comment la pédagogie du questionnement transforme-t-elle le système d’enseignement et le temps de cours ?

La chaîne mémoire-apprentissage-pédagogie d’investigation est très importante. En France, savoir et pouvoir sont liés il faut arriver à décloisonner, à innover, à faire de la recherche de qualité. Il faut intégrer tous ces apports scientifiques, former les enseignants et les parents.

Le rôle du professeur documentaliste dans l’acquisition de la culture de l’information est important. Quand on est « au service de » cela se passe mal quand on co-construit il y a toujours un résultat positif pour les différentes parties.

Il faut armer les élèves avec des outils. Le résultat d’une enquête américaine démontre que quand les jeunes prennent des risques intellectuels ils prennent moins de risques physiques. Quand on est à l’écoute de la demande alors on transmet du sens à l’apprenant.
Comment faire si les élèves ne se posent pas de questions ?

A-t-on encouragé le questionnement à l’école ? La pédagogie du questionnement fait référence à la maïeutique de Socrate. Comment est-ce que la pédagogie du questionnement transforme le système scolaire ? En France pas le temps de répondre aux questions à cause des programmes.

  • Relation entre questionnement, savoir et mémoire ?

Si on s’est posé une question, on retiendra plus facilement la réponse que si l’on ne s’est pas posé la question. Le système d’évaluation sommative ne convient pas à tous : là les TIC peuvent aider car il est possible de trouver en ligne des ressources de type cours, exercices, évaluation (maths).

Apprendre à s’informer et s’informer pour apprendre = apprendre à apprendre.

En sciences : pensée systémique.

  • Impact des technologies sur les modes de pensée ?

François Taddei a demandé aux étudiants de décrire leur démarche de recherche d’information : leur culture est très hétérogène et ensuite mutualisation des pratiques entre étudiants avant d’expliquer leur démarche de recherche d’informations à d’autres étudiants.

Séminaire : J2

« Les Learning centres : quelles réalités ? » - Dominique AROT, Inspecteur général des bibliothèques - Jean-Louis DURPAIRE, Inspecteur général de l’éducation nationale, groupe EVS.

  • “Investir l’idée pragmatiquement”
  • “créer des zones de bruit et de silence, mettre en place une dynamique des collections”

Dominique AROT, Inspecteur général des bibliothèques

« Modernité et modernisation : les Learning centres à l’université”

Privilégier le nominalisme : il suffirait de donner un nom nouveau à des réalités pour qu’elles existent ! C’est le cas de l’appellation « médiathèque » qui a favorisé le développement des bibliothèques de lecture publique.

Modernité : l’expression « Learning centre » pose problème elle doit être traduite, mais ce nom nouveau correspond à des réalités nouvelles.

Modernisation, la politique délibérée d’innovation dans l’enseignement supérieur.

Le Learning centre est une façon de remettre la bibliothèque au cœur de l’université, l’occasion de concevoir une politique documentaire renouvelée et un nouveau rapport au public (le guichet unique). Il permet de renouveler les formes d’appropriation des connaissances, d’accentuer l’autodidaxie au centre de l’université ; de développer de nouvelles pratiques avec des outils numériques, de permettre à l’étudiant de travailler seul ou avec ses pairs.

Il cite Robert Darnton, historien et directeur de la bibliothèque de Harvard, « la bibliothèque, coeur battant de l’université ». [en complément : http://www.lepoint.fr/grands-entretiens/robert-darnton-l-information-n-est-pas-le-savoir-06-01-2011-1283072_326.php]

De nouveaux modèles de bibliothèque.

Des constats : dans le cadre des bibliothèques, on constate : des emprunts en baisse, plus de séjour sur place pour une grande diversité d’activités. De nouvelles formules et de nouvelles idées sont apparues en Europe :

  • en Grande-Bretagne : les « ideas stores », bibliothèques à vocation sociale, comprenant un espace de formation tout au long de la vie. Les cours n’y sont pas académiques, mais pragmatiques, tournés vers la vie quotidienne, ex. Cours de langue anglaise, cours de cuisine...),
  • aux Pays-Bas : un nouveau modèle de bibliothèque publique (Delft, Amsterdam en particulier) qui privilégie la convivialité (cafés, restaurants...) et propose une conception dynamique des collections et des services : la nouvelle bibliothèque d’Amsterdam est ouverte 7/7 de 10h à 22h, il existe des zones où il est possible de parler à voix haute et aussi des salles où il règne un silence total. C’est un modèle où le public est au centre des préoccupations (connaissance des publics et stratégie d’accueil, horaires d’ouverture, conditions d’accès, convivialité, différenciation des espaces). Avant les collections étaient au cœur des préoccupations des bibliothécaires et maintenant c’est le public.

Les learning centres :

Au centre les publics. La connaissance des publics est un souci permanent. En France les personnes âgées et les ados sont absents des bibliothèques, il faut imaginer de nouvelles stratégies d’accueil, éviter le rapport frontal, privilégier le rapport d’accompagnement et avoir le souci de la convivialité. Repenser les conditions d’accès, la différenciation des espaces.

Les différents projets en France : Poitiers, Mulhouse, Saclay/Paris XI, Lille 1 horizon 2014-2015

  • A Poitiers : le concept est celui de la modernisation et du regroupement des collections, dans un souci d’encyclopédisme fécond. Un souci d’innovation pédagogique, le croisement des étudiants et des enseignants chercheurs dans un lieu d’échange. Il s’agit de favoriser la réussite des étudiants, l’idée du guichet unique est conservée (santé, orientation, etc.).
  • A Mulhouse : la notion de maison commune est mise en avant. Le Learning Centre lieu de vie et de détente devient le « 3e lieu » après le lieu du domicile et celui du travail ; il est le lieu où l’on apprend où l’on s’entraîne et où l’on restitue les productions de cours et de travaux divers.
  • A Saclay : Trois Learning Centres sont programmés sur ce site. On relève l’importance attribuée au travail collaboratif, au confort, à l’architecture et à la diffusion de la culture scientifique.
  • A Lille 1 : le projet est lié au développement économique et social avec le rôle moteur du conseil régional. Le projet original est un projet thématique centré sur la culture scientifique et technique. 30 % de l’espace est réservé au travail de groupe ; il y a un Internet café de 100 places ; le rapport entre le bruit et le silence a été bien pensé ; il y a des possibilités d’ouverture partielle.

Jean-Louis Durpaire, Inspecteur général de l’éducation nationale, groupe EVS

« Learning centre : quelles réalités dans les collèges et les lycées ? »

Quelles questions ont présidé à l’organisation spatiale des CDI à l’Education Nationale, il n’y a pas de bureau de construction, la DGESCO ne donne pas de conseil sur cette question générale de construction, donc il n’y a pas de cadrage, il faut donc travailler sur les liaisons avec les collectivités territoriales.

Le Learning centre n’est pas une révolution mais plutôt un retour à la source. Si on regarde les textes sur les CDI on a toutes les idées évoquées aujourd’hui pour les Learning centres. C’est une évolution qui tient compte du fait que davantage de travail personnel est demandé aux élèves.

L’articulation CDI et vie scolaire a été cadrée historiquement par la circulaire de 1982 mais l’évolution a fait s’éloigner les lieux, il en a résulté une affirmation de la documentation. L’évolution a tenu compte des nouvelles demandes pédagogiques (davantage de travail personnel, de travail de groupe, de recherches) ; de la séparation historique des pôles éducatif et enseignement, a mis en avant le rôle pédagogique des professeurs documentalistes ainsi que l’importance d’une réflexion globale dans chaque établissement scolaire sur les espaces documentaires. On peut faire un constat négatif, en salle de permanence tout est permis, au cdi tout est interdit.

A Lisbonne en 2000, il y a eu un colloque : « Concevoir les établissements scolaires dans une société de communication : bibliothèque et centre de documentation, en tenant compte des NTIC, des nouvelles pratiques pédagogiques, de la formation tout au long de la vie, des réseaux.

Aujourd’hui, les études montrent l’importance de la démarche de recherche « Student-centred-learning » (SCL). On doit prendre en compte les besoins des apprenants, le SCL accorde une place de choix à l’environnement de travail.

La question des espaces de travail est importante, les observations conduites dans le cadre d’inspections, mettent en évidences deux conceptions, correspondant à des pratiques professionnelles distinctes : actuellement on a soit le cdi dans les marges, ou bien le cdi « coeur qui palpite ».

De nouvelles ambitions. Il y a maintenant de nouveaux axes portés par les réformes actuelles liées à la loi de 2005 pour la réussite de tous les élèves ; par l’intérêt lié aux conditions de travail des élèves et aux conditions d’apprentissage ; par la recherche de la pluridisciplinarité. Les CDI sont au coeur de l’apprentissage.

Les 5 conditions pour passer du cdi au Learning Centre :

  • tout projet de nouvel espace doit avoir une approche large en terme de lieu de vie des élèves ;
  • tout projet doit être construit avec une approche « usagers » ;
  • tout projet doit questionner l’équipe enseignante ;
  • tout projet doit avoir un porteur de projet, le professeur documentaliste ;
  • tout projet doit tenir compte de l’accueil individuel, du travail en groupe, du travail en classe entière, de l’accès aux collections, du prêt des documents, de la convivialité.

Table ronde n°2 « Les Learning centres : premières réalisations et perspectives »

  • Jean-Yves CAPUL, sous-directeur des programmes d’enseignement, de la formation et du développement numérique, DGESCO
  • Bénédicte ROBERT, chef du département de la recherche et du développement, de l’innovation et de l’expérimentation, DGESCO
  • Nicolas DOMPNIER, professeur documentaliste
  • Yves DEBIEN, proviseur de lycée honoraire
  • Michelle CAINE, ia-ipr EVS, académie de Dijon
  • Pierre DANEL, ia-ipr EVS, CTICE, académie de Clermont Ferrand
  • Julien ROCHE, directeur du service commun de documentation, Université de Lille
  • Jean-Jacques PELLE directeur de l’éducation, Conseil général du Finistère
  • Jean-Charles RINGARD, directeur de l’éducation, Conseil régional des Pays de la Loire
  • Modérateur : Pascal COTENTIN, ia-ipr, CTICE, CRDP de Versailles

Pour vous, les » learning centres » à la française, c’est quoi et pourquoi vous intéressez-vous à ce concept ?

Nicolas Dompnier, professeur documentaliste, cité internationale Grenoble

Présentation du cdi du lycée à Grenoble partagé avec la bibliothèque municipale. Le CDI/Bibliothèque permet une ouverture de 58 h par semaine. Il y a 800 passages par jour. Il a été noté que la première préoccupation des élèves est la recherche d’une table pour travailler. Nicolas Dompnier apprécie l’aspect ludique du Learning centre avec la proximité du café. Il conçoit la salle de lecture comme un portail vers la bibliothèque.

Michèle Caine, ia-ipr EVS, académie de Dijon

Dans le learning centre, l’élève est au centre. Comment attirer les élèves faibles et les garder dans les Learning centres ? Comment faire venir les élèves moyens qui ne sont pas accompagnés ? Par la mise à disposition de ressources de qualité, des « serious games », le site.tv etc.

Dans les CDI, la fonction d’accueil doit être revue, plus d’ouverture et il faut rentrer en contact avec les élèves, les regarder ! Il faut aussi restructurer les espaces en fonction des usages.

Il y a un problème car les élèves des établissements scolaires vont travailler dans les bibliothèques lorsque les CDI sont fermés. Les élèves ont besoin de travailler sous le regard des autres, ils ont besoin de bruit.

Jean-Jacques Pelle, directeur de l’éducation, Conseil général du Finistère

Une direction des collèges et des lycées a été créée dans le Finistère en 2010, pour prendre en compte les évolutions et la législation ; l’application de l’agenda 21 permet de mener une politique de développement durable et de favoriser les projets contribuant à l’autonomie de l’élève.

Il est difficile pour lui de donner un avis au sujet des Learning centres, mais il écoute et prend notes des évolutions possibles. En 1990, un référentiel de construction des collèges a été établi, c’est actuellement le seul texte législatif disponible. Dans le Finistère, en partenariat avec les collèges, les locaux sont adaptés dans le cadre d’un plan pluriannuel. Un observatoire de la vie au collège a vu le jour dans le cadre de la démocratie participative.

Bénédicte Robert, chef du département de la recherche et du développement, de l’innovation et de l’expérimentation, DGESCO

L’innovation à l’échelle de l’établissement. On peut considérer que la gestion des prêts par les élèves, comme la création de sites web tient lieu d’innovation. L’introduction des outils techniques, induit un changement des pratiques et participe de l’innovation à l’échelle de l’établissement.

Il existe des correspondants de l’innovation dans chaque Académie, mais il est vrai qu’ils travaillent peu avec les professeurs documentalistes !

Julien Roche, directeur du service commun de documentation, Université de Lille 1

A dominante scientifique et technique, l’Université de Lille 1 comprend 95% de ressources numériques qui représente 90 % du budget. L’enseignement secondaire va être impacté très certainement de la même manière par l’arrivée du numérique, les mêmes questionnements vont se poser au sujet de la désaffection du public, de la baisse du nombre de prêts.

La réponse apportée par le Learning centre à Lille est liée à la fragilisation de la place traditionnelle de la bibliothèque, la désaffection des lieux, la concurrence de Google. Le projet repose sur la refonte de la bibliothèque et son élargissement :

  • La prise en compte du travail en groupe (carrels, espace de 4 à 6 personnes, de 8 à 10, de 20 personnes). Planification de réservation de salles possible , les étudiants y sont en autonomie, les modalités de travail des usagers doivent être respectées (gestion du bruit et du silence, gradation de la consommation des aliments)
  • Le niveau sonore pas toujours résolu (problème du téléphone portable)
  • les espaces de détente, les stations de jeu, les cafés internet sont pensés en amont
  • le principe du guichet unique est en application
  • l’ouverture vers la cité avec un espace d’exposition ouvert, » un espace d’expérimentarium » ( transition lycée-université), un complexe événementiel.
  • Il y a un enjeu majeur à renouveler le dispositif d’accès au virtuel, en intégrant l’aspect de « serious game »
  • Développer les technologies de la bibliothèque vers les accès mobiles

Diffusion d’un film : Visite du Learning centre de Kingston, en Angleterre

« Etre membre d’une communauté qui apprend ». Le Learning centre de Kingston reçoit plus de 2 millions de visite par an et établit plus de 1 millions de prêts. C’est une expérience sociale, un mélange d’expérience. Le lieu est flexible, l’apprentissage est accès sur l’individu. Il existe des bornes qui permettent de prendre rendez-vous pour avoir des informations complémentaires. Le système de surveillance se fait par caméra.

(Est-ce un problème de droit à l’image des personnels, ou de fascination pour la robotique mais seuls les automates sont filmés ?)

Que faut-il modifier, les lieux, les fonctions, les métiers ?

Bénédicte Robert, chef du département de la recherche et du développement, de l’innovation et de l’expérimentation, DGESCO

On peut avoir un très beau CDI mais aucun travail pédagogique !
Le rayonnement du CDI doit être important autour de la question de la méthodologie et de l’accompagnement des mises en pratique.
Un vademecum peut éventuellement être mis en place pour les équipes qui se lanceraient dans dans l’aventure du Learning centre.
Il existe une base de données des expérimentations. Une invitation est faite à participer aux1ères journées internationales de l’innovation en mai 2011 à l’UNESCO.
CARDI-DGESCO, Correspondant innovation dans les académies à contacter pour monter les projets.

Christophe Barbier, préfet des études en Collège CLAIR et RAR, CPE

Au collège l’objectif du projet était de regrouper les différents espaces : cdi + salle de permanence + bureau du CPE + assistants d’éducation + salle informatique. Un rapprochement avec la circulaire de 1982 a été fait, le professeur documentaliste co-manage la vie scolaire, le cpe a alors une vision plus globale (dans l’établissement il y a 2 cpe + 1 professeur documentaliste). Cette organisation pose la question de la formation des assistants d’éducation, mais aussi du recrutement, et du profilage des postes (les A.E. sont formés par le professeur documentaliste). Il y a la volonté d’associer le professeur documentaliste à cette politique globale d’établissement. Au cours du 3e trimestre le cours d’éducation civique aura lieu dans l’espace pôle élève avec la cpe et le professeur documentaliste.

Pierre Danel, ia-ipr EVS, CTICE, académie de Clermont-Ferrand

La dimension du lieu est très importante. Ce qui est nouveau c’est la nécessité de diversifier les voies d’apprentissage. Nous ne progresserons pas si nous ne nous intéressons pas à l’usage du temps. Aujourd’hui émergent d’autres temps de travail des élèves hors du cours. Plus de la moitié des usagers des Learning centres sont hors temps scolaire, cet outil permet donc d’assurer la continuité du temps scolaire. Il existe une diversité des espaces de travail de l’élèves dans et hors du temps scolaire. Il faut faire éclater les ENT d’établissement car trop restrictifs et faire de l’ENT un outil de communication entre les établissements. La prise en compte du numérique au niveau des ressources doit être plus importante. Il faut diversifier la mise à disposition des différents outils. Les nouvelles pratiques professionnelles sont un enjeu, on y associe des compétences différentes, et on y met en cohérence les outils.

Diffusion d’un film sur le Learning centre de Neuvic à l’est de Londres
Il y a 2700 étudiants qui parlent environ 80 langues différentes. Les environnements permettent le travail en groupe. Le Learning centre est ouvert jusqu’au samedi 22h, il y a des liens entre les employés et les professeurs. Notre rôle est de préparer les jeunes à être membre actif de la communauté.

Un lieu de documentation n’a aucune valeur s’il n’y a pas de lien entre ceux qui travaillent dans le même lieu.

Quelles perspectives ? On fait comment ? avec qui ?

Jean-Jacques Pelle, directeur de l’éducation, Conseil général du Finistère

Le problème des équipements est important, il faut absolument élaborer un schéma pluriannuel d’équipements. Il faut faire mieux pour moins cher. IPad : un conseil général a décidé d’équiper tous les élèves de 6e ainsi que les profs. Travail en partenariat avec le rectorat pour décider de la politique à mettre en place mais aussi rencontre avec les bassins de documentalistes.

Julien Roche, directeur du service commun de documentation, Université de Lille

Les transpositions du Learning centre sont possibles en collège et en lycée. Il faut cependant un véritable projet accrocheur :

  • des idées, une bonne connaissance du contexte, des points de repères et de comparaison (faire du « benchmarking »)
  • les différents aspects de la formalisation du projet (implication forte de l’équipe enseignante, du chef d’établissement, le rôle des collectivités est fondamental, la place de l’architecture, la formation du chef de projet)

Michèle Caine, ia-ipr EVS, académie de Dijon

Il faut impérativement associer les parents au projet de Learning centre.

Nicolas Dompnier, professeur documentaliste, cité internationale Grenoble

On peut associer les usagers : pour certains documents en arabe, ce sont les usagers qui font le catalogage.

Christophe Barbier, préfet des études en Collège CLAIR et RAR

L’espace cdi/vie scolaire doit répondre aux difficultés des élèves.

Pierre Danel, ia-ipr EVS, CTICE, académie de Clermont-Ferrand

Il faut clarifier les ambitions et coordonner les différentes instances par rapport au numérique.

Synthèse de Jean-Louis Durpaire, Inspecteur général de l’éducation nationale, groupe EVS.

Il faut proposer des séminaires de réflexion autour de ces différents thèmes :

  • difficulté structurelle liée à l’autonomie des collèges et Lycées. Le cahier des charges du CDI vu par les collectivités territoriales.
  • la proposition d’un vademecum par la DGESCO ;
  • Innovation, un appel est fait à la participation au colloque sur l’innovation à l’UNESCO.

La conception des espaces documentaires d’un CDI : l’indispensable participation du professeur documentaliste praticien - Marie-Françoise Bisbrouck (expert-consultante pour la construction, l’aménagement et l’équipement des bibliothèques)

Repenser l’espace CDI comme un espace de travail et d’apprentissage et comme un espace de vie dans l’établissement.

CDI : lieu de l’égalité des chances entre les élèves, il peut être vécu comme un espace de liberté personnelle, de valorisation du jeune, comme un lieu interactif d’échange.

Le CDI est un outil à utiliser sous réserve qu’on le maîtrise bien pour ne pas en être l’esclave.

L’aménagement du CDI aujourd’hui : il est axé autour de la position du corps de l’élève assis devant une table comme dans les salles de cours. Or dans les bibliothèques, l’attitude est moins contrainte pour les jeunes (être soi-même).

Nouvelle typologie des activités et des attitudes permises au corps en bibliothèque :

  • Travailler sur des documents : être assis à une table.
  • Lire une revue, une BD, un manga : être assis sur un fauteuil ou un gros coussin qui épouse la forme du corps (activité ludique).
  • Jouer sur un écran : accès à des jeux sportifs pour jouer seul ou à plusieurs : Cela a-t-il sa place au cdi ? oui et dans ce cas, je dois être debout dans un espace où le bruit sera confiné pour ne pas perturber les autres espaces.
  • Jouer à des jeux de société interactifs : être assis ou debout.
  • Préparer un exposé mais à plusieurs et on a besoin d’ordinateur pour effectuer une recherche : le groupe doit pourvoir se réunir dans de bonnes conditions.

Ces activités permettraient de mettre en valeur les qualités de l’élève.

Le CDI doit passer d’une pièce unique à l’aménagement de plusieurs espaces différenciés dans leur traitement architectural, leur mobilier. Il faut aussi que les espaces soient modulables.

Comment concevoir alors de nouveaux CDI ?

  • Projet doit être le fruit de la réflexion du documentaliste, des enseignants, de l’équipe de direction, des élèves. C’est un projet d’établissement.
  • Il faut aller voir d’autres CDI, des Bibliothèques Municipales (aller à l’étranger)
  • Développer l’imagination créatrice
  • Trouver l’équipe projet et un chef de projet qui peut être le professeur documentaliste. Rôle du chef de projet : il doit se mobiliser et s’investir dans l’opération, il s’empare du projet pour en faire une réussite, il comprend ce projet dans toutes ses dimensions et ses implications, il acquiert de nouvelles connaissances pour remplir ce rôle. Pour cela, il doit être reconnu comme tel par l’équipe pédagogique, soutenu par l’équipe de direction.

Qualités requises pour un bon espace documentaire :

  • Localisation du CDI dans l’établissement : centrale, visible, facilement accueillante.
  • Flexibilité des espaces et des aménagements : rien n’est fixe et tout est mobile (roulettes sous le mobilier)
  • Disposer d’espaces bien différenciés dans leur traitement architectural : à chaque usage doit correspondre un espace différent. Activité calme au centre du CDI et celles plus bruyantes en périphérie
  • Soigner tout particulièrement la qualité des espaces : qualités phoniques, éclairage artificiel (et naturel), colorimétrie, ambiance, proscrire l’uniformité (ne pas banaliser les espaces et leur donner à chacun une tonalité).
  • Regrouper à coté du CDI des salles de chant, de dessin…

La conduite de projet :

  • Pré programme et programme : pour architecte ou un service technique (il faut se créer une documentation de référence, déterminer les objectifs à atteindre…)
  • Etapes du projet : Avant Projet Sommaire (APS), Avant Projet Définitif (APD) : participer aux travaux de la commission technique, participer à la mise au point de l’aps et de l’apd…
  • Discussion sur les offres des entreprises, déroulement et réception du chantier, mise en place du mobilier, déménagement des collections (organiser détaillée des collections), installation des personnels et des services
  • Les points clés : le chef de projet doit se positionner à chaque étape du projet, s’assurer que chaque étape est conforme au programme, privilégier les contacts harmonieux avec les partenaires (compromis), s’assurer que l’on parle le même langage.

Les questions d’aménagement de l’espace ne sont pas au cœur de nos métiers. Il faudra donc apprendre de nouvelles connaissances pour les projets de construction d’espaces.

Présentation d’images d’aménagement de bibliothèques.

8 ateliers sur les démarches d’apprentissages des collégiens et des lycéens générées par le passage du CDI au Learning centre, compétences et autonomie de l’élève.

Chaque atelier devait réfléchir à trois questions :

1- La place respective du « learning » et du « teaching » dans les apprentissages scolaires

  • Teaching : le professeur facilite l’accès aux savoirs, il est préoccupé par la didactique
  • Learning : repositionner l’élève au centre, favoriser l’autonomie, apprendre à apprendre

Il n’y a pas d’antagonisme entre le « teaching » et le « learning », mais une réelle complémentarité.

2- La pédagogie est-elle induite par les espaces et les temps ?

Les impératifs liés à la pédagogie imposent de repenser les espaces et le temps, la question du territoire et de la compétence. Repenser l’ouverture du CDI.

3- Le Learning centre est-il un cadre propice à la mise en oeuvre pratique des injonctions institutionnelles ?

Le CDI est un levier pour développer l’autonomie des élèves. Les Learning centres sont induits par les réformes, ils vérifient certains critères de décloisonnement et d’adaptabilité. Il faut développer une fluidité d’accès au Learning centre qui encourage au travail en autonomie. Un vrai projet de Learning Centre c’est un projet d’établissement. Les personnes et les statuts sont un frein à cette évolution.

4- Présenter un lieu qui reflèterait cela

Collège Charpack à Goussainville engagé dans cette démarche de Learning centre // Lycée Bellevue à Saintes // Learning centre : Un CDI classique, une salle de travail en petit groupe, salle multimédia, hall pour exposition, vie scolaire et salle de permanence. // c’est l’ensemble de l’établissement qui constitue le Learning centre // fluidité d’accès, encourager le travail autonome, le CDI n’est qu’une partie de cet espace ouvert, partagé et convivial. Synergie pour la réussite des élèves. Collège Pons à Perpignan // Le Learning centre est une idée qui séduit, qui pose le problème de l’espace et du temps mais qui questionne les places relatives de l’apprendre et de l’enseigner et accessoirement de la DRH et des moyens. Le Learning centre c’est un espace modulable, polyvalent, accueillant et confortable, qui favorise le travail autonome et de groupe, qui doit être largement ouvert, dans l’idée d’un service où peuvent intervenir d’autres acteurs, conception d’un élève plus usager qu’élève. // Collège Lycée Auguste Renoir à Limoges.

« Culture numérique et lieu d’apprentissage » - Alain Giffard, directeur groupement d’intérêt scientifique « Culture et médias numériques »

Il est impossible de former les gens à l’Internet, on ne peut que les former à la navigation sur Internet. Par rapport au numérique il y a un retard paradoxal, en effet il est normal d’être en retard car la technique progresse trop vite. Dans un logique de l’innovation l’école situe en dessous de la science.

L’espace numérique est un espace de pratique, un espace d’usage et un espace industriel. Il y a une réelle concurrence de l’école avec les industries culturelles (Amazon, Google...), car l’espace des industries numériques intervient sur l’espace de l’école. L’économie de Google est double face, elle donne et elle revend. C’est une économie de l’accès, de la captation du public. Au contraire des professionnels de l’intermédiation (libraire, professeur documentaliste, bibliothécaire) qui n’interviennent plus après l’accès au document, l’industrie numérique part de l’usager, les services proposés partent de l’usager (Twitter). La technologie de la lecture numérique est une technologie par défaut.

Pour les psychologues, les cogniticiens, le lien hypertextuel induit une forme de désorientation, de surcharge cognitive (fil de lecture lésé). Cette désorientation complique l’association de la lecture à la réflexion. Cela est compliqué dans le cas de la lecture numérique. Le bon lecteur saura prendre des décisions pour la lecture numérique.

Pour le lecteur qui a des difficultés, va-t-il prendre la lecture numérique comme modèle de référence ? Or cela est différent de la lecture classique. Dans la lecture numérique, attention est soutenue si elle est tout le temps sollicitée (hyper attention).

La lecture numérique entraîne des perturbations, de la désorientation. Cette désorientation a un effet culturel capital et complique l’association entre culture et réflexion, créant ainsi une surcharge cognitive. Dans leur programme industriel Google et Amazon, exemples de l’économie de la captation ne laissent aucune place à la lecture réflexion, le risque est alors grand pour les lecteurs mal formés de prendre la lecture numérique pour le modèle de référence. L’exploitation économique est liée à chaque acte de lecture numérique : le bon lecteur google, celui qui clique partout.

Depuis 1990, baisse de la lecture des imprimés et baisse de la performance de la lecture. La lecture recherchée via le web suppose une hyper-attention, à finalité commerciale.

La question de la formation ne peut pas ne pas prendre en compte l’économie numérique, le rôle des industries numériques, car le lieu d’apprentissage c’est le monde numérique. Dans ce monde numérique il y a deux composantes : d’un côté, la composante industrielle (formatage, la pratique) et les pratiques du public de l’autre.

On peut se demander quelle est la place des lieux d’apprentissage, des learning centres ? pour répondre, il faut renoncer à quatre principes :

  • 1er principe : renoncer à l’idée d’utiliser les technologies comme des moyens à finalités éducatives. Contribuer à combattre le formatage, dissocier moyen et fin. Traiter le changement de contexte.
  • 2e principe : renoncer à la production de contenus pour le numérique. (les visites virtuelles sur le site du Louvre, l’accès au Louvre facilité par le numérique !!! )
  • 3e principe : nos lieux d’apprentissage doivent être des lieux où on apprend à décélérer. On ne peut pas être plus rapide que les industries numériques. Il faut réinventer l’exercice. Il faut partir des pratiques. Tout ce qui est culturel donne une place à l’exercice, il faut réinventer l’exercice numérique. Il faut informer de ce qu’il y a derrière les différents formats, aucun homme ne peut imaginer le résultat de google, et les gens ne font pas la différence entre les textes écrits par les robots et ceux écrits par les hommes. Informer sur ce qu’il y a derrière les formats. Ne pas imiter les industries de communication.
  • 4e principe : il faut relancer la relation entre subjectivité et savoir (cf. l’humanisme comme culture de soi par les arts et les lettres). Ce qui renvoie à une conception religieuse. La païdeïa grecque (παιδεια), ou au concept de ’cultura’ chez les Romains, qui désignait auparavant la culture des champs, et aussi les petits cultes. Cicéron reprend cette notion. Plus tard, la culture produit l’’humanitas’ : l’humanisme, c’est-à-dire la culture de soi.

Le numérique est le domaine d’élection dans le formatage des jeunes dans la construction de leur subjectivité, formatage visible dans tous les dispositifs de mise en scène de l’entre soi que sont les réseaux sociaux. Il devient impossible de dialoguer si l’on maintient l’écart entre la subjectivité des désirs, le soucis de soi (hors de l’école) et l’objectivité, l’oubli de soi (dans l’école). Les technologies de communication permettent donc une lecture de communication ; ce n’est pas la pensée.

Il faut mettre de la transparence devant l’opacité

Réponses aux questions posées dans la salle

A propos du formatage, tout ne se vaut pas. Skyblog, cette LEPJ (libre expression de soi) : une anti-école, un formatage à combattre. On ne peut pas contourner les industries numériques, c’est un problème.

Comment expliciter la complexité conceptuelle à l’œuvre aujourd’hui ?
Le savoir numérique perçu comme un savoir empirique pose problème. Il y a des difficultés en formation car on n’a pas pris au sérieux les différents éléments numériques. Pour qu’il y ai du savoir, il faut des institutions du savoir et des programmes du savoir.

Nous n’avons aucune garantie que la lecture numérique puisse remplacer la lecture classique. Les lectures numériques permettent une lecture de communication. Il y aura un danger quand une grande partie de la population ne possèdera plus que la seule pratique de lecture numérique.

A propos de la notion de décélération, c’est l’idée qu’il faut prendre le temps de critiquer, d’approfondir. La notion d’information rejoint celle de la vitesse mais c’est une erreur.

A propos de Gmail, le danger de l’extériorisation de la mémoire, une dépossession de la mémoire.

Il faut réhabiliter la mémoire, l’exercice. L’activité de classement est structurante. L’école a à développer ce type de méthodes.

Il faudrait créer une méthode google. Quand un jeune se sert de google comme d’un portail, c’est la base même de l’addiction. C’est le phénomène social et non la technologie qui rend ce type d’usage possible.

Séminaire : J3

Denis Boullier, IGEN, directeur de l’ESEN « Les cadres et le management des ressources »

La notion de centre de ressources a beaucoup évolué. L’ESEN a été créé en 1996, il s’agit d’un service à compétences nationales qui a permis l’émergence d’une politique de formation de l’encadrement. La mise en service du site web a permis la mise en ligne de ressources propres.

Mise à disposition de ressources : ESEN produit des parcours de formation via internet (plateforme pairform@nce). En formation initiale des inspecteurs : offre de formation d’un parcours hybride : présentiel et à distance (formation numérique du personnel d’encadrement). L’offre de formation s’élargit à plusieurs espaces, à plusieurs temps : dans les parcours hybrides, on n’est plus seulement dans une action de formation mais on est surtout dans une action de professionnalisation. Ces parcours adaptables et modulables permettent une individualisation, mettent en œuvre une pédagogie active. En proposant ces parcours hybrides, l’ESEN veut que les cadres puissent dans leurs missions en académie transférer cela dans la formation des personnels dont ils ont la charge. Ce modèle de formation alternatif pourrait aussi accompagner des élèves dans l’acquisition des compétences du socle.

8 ateliers thématiques

1- Internet rend-il obsolète le CDI ou lui donne-t-il un nouvel élan ?
Bernard Pallec ia-ipr EVS, académie de Toulouse

Oui, le lieu, sans doute, mais pas les enjeux, il lui donne un nouvel élan,nécessairement.

Constats :

  • Le CDI est-il le seul à être obsolète ? Nécessité de repenser l’établissement
  • La lutte contre les usages est perdue d’avance. Il existe une diversité extrême des approches et des pratiques

Propositions :

  • Raisonner et réfléchir collectivement sur les actions à mener pour l’usage d’internet.
  • Trouver des réponses collectives sous l’impulsion forte et nécessaire du chef d’établissement.
  • Repenser la problématique en terme de Learning centre étendu à l’établissement tout entier.

2- Comment la documentation peut-elle contribuer à la réussite des élèves internes ?
Christine Sapet-Reverdy, ia-ipr EVS, académie de Besançon

Constats :

  • Les internes sont dans une situation de cloisonnement particulier.
  • Les enseignants ignorent l’espace de l’internat. Il n’y a pas toujours mise en adéquation des ressources et des besoins pédagogiques

Propositions :

  • Une visite de l’internat par les personnels est nécessaire.
  • Evaluer les besoins des élèves et des enseignants, on peut envisager une démarche qualité conduite au niveau de l’établissement. Place des élèves (Conseil vie lycéenne, Maison des lycéens) dans la notion de besoin.
  • Réflexion à conduire sur la politique à mener sur la place des accès internet.

3- Le CDI : espace sacré ou lieu de consommation ?
Marie-Claude Boyer-Roche, ia-ipr EVS, La Réunion

Contradiction entre espace sacré et lieu de consommation :

  • Sacré : codes, initiation, silence, élitisme, sélection
  • Consommation : services pour tous, usagers

La formulation proposée est un fantasme, lieu commun, peur. La réalité est plus nuancée, pas antithétique mais complémentaire selon les activités et les publics.

Evolution des CDI : espace régulé, lieu d’éducation et d’apprentissage.

Propositions :

  • Aujourd’hui le CDI n’est pas un Learning centre, c’est un lieu polyfonctionnel, avec un public très hétérogène.
  • Evolution des pratiques des professeurs documentalistes et des membres de la communauté éducative. Mutualisation des compétences.
  • Développement de l’autonomie de l’établissement dans son organisation et au sein de l’établissement
  • Modifier les représentations du CDI, faire partager la culture du séminaire
  • Trouver un nom équivalent en français au Learning centre.

4- Comment développer les coopérations avec les bibliothèques ?
Laurence Levy-Delpla, ia-ipr EVS, académie de Paris

L’essentiel de ces coopérations repose sur des partenariats entre établissements scolaires et bibliothèques.

Quelles structures : CRDP, CDDP, médiathèques, grandes institutions en ville, bibliothèques centrales de prêt

Constats :

  • Volonté des documentalistes et des personnels de direction de mettre en place ces partenariats. Les bibliothèques partagent cette volonté.

Propositions :

  • Créer des cadres pour faciliter les mises en relation entre institutions (groupe de travail académique de Marseille liaison lycée université) à des fins de réflexion prospective et de co-formation

Exemples entendus

  • Pour les élèves : faciliter les visites à la Bibliothèque Universitaire, à la Bibliothèque Municipale.

5- Quel rôle du professeur documentaliste pour l’acquisition de compétences info-documentaires par les élèves ? - Pierre Rivano, ia-ipr EVS, académie de Toulouse

On constate l’empirisme des compétences. Le problème est l’absence de cadrage national en ce qui concerne la mise en place de politique documentaire dans les établissements scolaires.

Constats :

  • Evolution des techniques demande une évolution de la formation des élèves donc formation à la maîtrise de l’information.
  • Nécessité de cohérence dans la formation
  • Les enseignants doivent se mettre d’accord sur la démarche en conseil pédagogique
  • Beaucoup de conseils pédagogiques ne mettent pas en place de politique documentaire
  • Comment faire un curriculum pour les élèves ?
  • Pas de compétences sans connaissances
  • Notions et compétences apparaissent dans les programmes des disciplines
  • Pas de cadrage national mais des initiatives locales
  • Cela prends du temps

Propositions :

  • Repenser le statut des « éducations à » pour proposer un module sur éducation aux médias
  • Cadrage national nécessaire et pas laisser libre choix aux établissements

6- Comment les Documentalistes et les C.P.E. Peuvent-ils améliorer ensemble les conditions d’accueil et de travail des élèves ?
Philippe Mittet, ia-ipr EVS, académie de Bordeaux

Constats :

une volonté de travailler ensemble, et de faire réussir tous les élèves (socle commun). L’amplitude d’ouverture des espaces. Les assistants d’éducation sont intégrés à la vie scolaire. Dans les projets d’établissement il n’y a pas de volet commun cpe/professeur documentaliste, il faut des interventions communes pour les élèves.

Propositions :

affirmer une position commune d’éducateur de tous les acteurs, proposer une politique commune (projet éducatif), un projet d’usage des espaces d’établissement (espace numérique). Il faut réfléchir à la position des assistants d’éducation par rapport au besoin des élèves.

7- Quelles responsabilités les élèves peuvent-ils assumer par rapport à la documentation ?
Alain Sedilot, ia-ipr EVS, académie de Montpellier

On relève l’ambiguïté des termes « responsabilité », « assumer ». C’est dans la relation à l’altérité que l’on construit la responsabilité : dans le cas de l’ouverture du cdi par les élèves, la responsabilité n’est pas celle de l’élève mais celle du chef d’établissement. Il faut une cohérence entre la responsabilité donnée à l’élève au cdi et dans le reste de l’établissement.Pour faire en sorte que des élèves soient responsables, il faut établir un contrat.

8- Quel rôle de la documentation pour les élèves décrocheurs ?
Frédéric Gante, ia-ipr EVS, académie d’Amiens

On constate que le cdi doit être un lieu de bien-être et de culture ; c’est un point de ralliement qui reste soumis aux bonnes volontés. On propose que l’élève en difficulté soit reconnu ; pour l’aider il faut qu’il rencontre des situations différentes. Au niveau de l’établissement il faut plus de mutualisation ainsi que des chefs d’établissement formés. L’établissement a besoin d’une cohérence de discours qui doit venir des IPR.

Synthèse

Jean-Pierre Veran, professeur associé, Université de Montpellier

Le terme de « politique » revient souvent. Dans le modèle d’éducation français il y a une tension entre les concepts d’Education nationale et d’instruction publique. Le Learning centre ne peut pas être un lieu en marge. Le Learning centre à la française ne peut que concilier l’instruction et la culture humaniste.

Mireille Lamouroux, responsable académique des services documentaires, CRDP de Versailles

Rappel du livre « Les lieux du savoir »

On a parlé « d’inlocalisation » des savoirs. Le learning centre est un lieu augmenté de services rassemblés. Ce système repose sur des sujets acteurs de leurs apprentissages. Ce nouveau lieu de savoirs est plus défini par des savoirs que par des contenus. Il existe des limites intellectuelles sur lesquelles il faut réfléchir à notre positionnement : investir l’espace numérique, opération de formation en se centrant sur le comment plus que sur le contenu de formation.

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