2011
oct.
20

Horizon 2012

Les professeurs documentalistes à l’horizon 2012

Aborder 2012, c’est poser clairement les défis que les professeurs documentalistes auront à relever pour demeurer des acteurs incontournables du système éducatif dans une société dite de l’information et du savoir. Le CDI devra pleinement jouer son rôle de système didactisé et ne pas se diluer dans le vaste océan de l’Internet.

En 2012,

la FADBEN souhaite que la formation à la culture informationnelle soit inscrite dans les finalités éducatives et les valeurs propres à l’école, qui touchent à la construction d’une autonomie de pensée, à la formation à l’attention, à la construction des savoirs, à la formation citoyenne, à l’égalité des chances et à l’insertion professionnelle et sociale.

La FADBEN veut que les professeurs documentalistes soient reconnus pour leur double compétence de pédagogue et de gestionnaire.

La FADBEN, avec le référentiel métier publié en 2051, prend en compte les divers pôles du métier de professeur documentaliste.

Le développement des environnements numériques de travail dans l’école et des technologies numériques dans la société demande une formation des élèves qui dépasse la simple maîtrise de l’information. Évoluer dans un contexte professionnel numérique demande aussi sur le plan technique des compétences nouvelles. Il est donc nécessaire d’inscrire les aspects organisationnels de la documentation dans la politique de l’établissement, dans toute sa dimension stratégique et politique. Les environnements numériques de travail pourraient enfin permettre la création, tant attendue par les professionnels, d’un réservoir partagé de données afin de libérer du temps pour des tâches d’enseignement.

La FADBEN s’implique fortement dans l’évolution du rôle des professeurs documentalistes et du CDI dans le cadre de la transformation de l’environnement documentaire. Elle esquisse ici les enjeux à l’horizon 2012 (Année de congrès, pour les professeurs documentalistes, et 40e anniversaire de l’association professionnelle)

Les enjeux de la médiation documentaire.


Le rôle vital dans la vie quotidienne de l’écrit, de l’accès à l’information et de l’usage qui en est fait conduit à réfléchir à l’avenir de notre profession, dans un établissement scolaire, en terme de valeur ajoutée multiforme.

Le métier de professeur documentaliste possède de multiples facettes. Son devenir est porté par sa finalité : le développement de la culture informationnelle pour tous les élèves

Il ne s’agit pas de distinguer les objectifs, entre SIC, lecture(s), système d’information documentaire et environnement de travail « à l’ère du numérique » mais de les associer en s’appuyant sur les compétences spécifiques des professeurs documentalistes.

Afin de pouvoir aborder les enjeux liés à la formation, à la médiation dans le domaine de l’information-communication, il faut s’intéresser aux mutations en cours et envisager les perspectives d’un métier dont le lieu d’exercice est l’établissement scolaire et continuer la modernisation des services et lieux.

En s’inscrivant dans une perspective dynamique, la FADBEN souhaite réunir tous les acteurs autour d’un même projet.

L’absence de projet politique fort : un handicap.

En l’absence d’un projet politique, social, culturel et scientifique, porteur d’une vision forte et positive de l’information-documentation, les professeurs documentalistes déploient une énergie démesurée pour des résultats qui ne touchent toujours pas l’ensemble des élèves. Leurs actions pédagogiques souvent innovantes n’ont toujours pas été prises en compte du point de vue institutionnel pour permettre une généralisation à tous les élèves. Malgré, les interventions nombreuses de la Fédération, la réforme du Lycée n’a pas été non plus l’occasion de mettre les apprentissages info-documentaires en cohérence.

Les dernières réflexions institutionnelles relèvent d’une approche gestionnaire où les CDI et les professeurs documentalistes servent de variables d’ajustement des affectations et des problèmes de vie scolaire. La FADBEN y voit une tentative d’ignorer la manière dont s’est construite l’identité professionnelle enseignante des professeurs documentalistes en dehors des modèles d’enseignement transmissifs.

Le discours ressenti par la profession comme le plus inacceptable de l’année scolaire passée a été tenu lors du séminaire sur le "Learning Centre". Dans les conclusions des ateliers, les savoir-faire professionnels des professeurs documentalistes ont été dénigrés par l’insinuation systématique de leur désuétude. Il ne s’agissait plus de réfléchir sur la modernité des espaces et des services mais de contribuer à l’idéologie du « tout numérique sans profs ! »

Ce discours s’appuie sur la fascination pour les technologies et l’Internet, comme si l’augmentation du taux d’équipement et la multiplication des accès réglaient les problèmes des usages et de l’acquisition de connaissances (cf Marc Prensky et les digital natives).

D’autre part, les learning centres dont le principe réside dans l’expérimentation sans contrainte de l’autoformation des étudiants dans des espaces à mi-chemin entre un chez soi et un entre-nous sont présentés comme évidemment supérieurs sans que ne soient pris en compte ni le contexte scolaire, ni la différence de maturité entre un étudiant et un lycéen, ni le nombre de plus en plus important d’élèves de lycée en difficulté.

Le danger d’un tel discours techniciste est qu’il occulte les conditions qui rendent possibles l’autonomie, l’autoformation, les apprentissages.
Depuis les années 2000, la FADBEN ne cesse de répéter que la mise à disposition des outils n’implique pas automatiquement leur usage et que la connaissance ne se réduit pas à la réception de l’information, elle en nécessite l’appropriation !

La FADBEN voit dans l’année 2012 une occasion pour clarifier les enjeux et les défis à venir afin d’éviter l’essoufflement des personnels. Le manque de représentation claire et positive qu’en a sa hiérarchie continue à reléguer le professeur documentaliste dans une fonction traditionnelle et patrimoniale de bibliothécaire alors que les besoins d’une société du savoir reposent en bonne partie sur l’acquisition d’une culture et d’une maîtrise de l’information.

L’écart qui se creuse entre ce pour quoi le professeur documentaliste s’est formé, ce pour quoi il a renouvelé ses connaissances professionnelles et ce qui lui est demandé par l’institution est porteur d’un mécontentement croissant.

L’absence de décisions est un handicap pour l’avenir. Les professeurs documentalistes attendent un projet politique, social, culturel et scientifique fort qui légitimera leur rôle et confirmera le CDI comme instrument scolaire.

Une contribution pour un avenir professionnel partagé

La question des besoins, dans l’établissement scolaire, identifiés en adéquation avec la demande sociale se pose. La FADBEN propose de contribuer à y répondre, en tant qu’acteur privilégié, avec le soutien de la communauté éducative et l’aide des chercheurs.

Le cœur du métier du professeur documentaliste ne change pas, les réalités du numérique en revanche accentuent l’obligation de travailler tous ensemble. Les établissements doivent donc se doter d’un projet documentaire, véritable politique pour l’établissement.

Le paysage s’est complexifié avec l’avènement de l’ère technologique, il a vu s’installer parallèlement matériel, ressources informatiques et documentaires dans des espaces et sous des responsabilités dispersées et non fédérées, parfois sources de conflit de pouvoir à l’échelle de l’établissement.

Mais l’enjeu majeur pour le professeur documentaliste concerne le défi culturel et social que constitue l’acquisition d’une culture informationnelle par les élèves, dans un environnement toujours changeant. L’objectif primordial de l’École est de faire accéder chaque élève, quel qu’il soit, à l’autonomie, pour lui permettre de défendre son point de vue, mais aussi et surtout de savoir comprendre celui des autres pour se construire une opinion.

« Il a été démontré que lorsque les bibliothécaires scolaires (appellation adoptée en dehors de la France pour l’équivalent des professeurs documentalistes) et les enseignants travaillent en collaboration, les élèves font des progrès en écriture et en lecture, ils apprennent mieux et savent mieux résoudre des problèmes. Ils acquièrent également une meilleure expérience des techniques de l’information et de la communication ».

Quand est-ce que se mettront en place des dispositifs permettant cette coopération à grande échelle ?

C’est d’autant plus urgent qu’un autre défi se présente à l’École, la question cruciale de l’évolution des pratiques de lecture à « l’ère du numérique », elles aussi incessamment transformées.

Rendez-vous en 2012

Un anniversaire : les quarante ans de l’association professionnelle ;

Un Congrès où le débat sera ouvert entre les divers domaines d’expertise, entre les champs de compétences et les sphères de responsabilité ;

Et une élection présidentielle, occasion privilégiée pour interpeller les partis sur leurs projets.

Voici posés en cette rentrée scolaire les temps forts de l’année à venir. Ils impliquent de la part de tous les adhérents un militantisme digne des pionniers pour rassembler la profession autour de son identité enseignante.

Ne laissez pas les CDI se diluer dans l’océan de l’Internet, ne laissez pas la profession se disperser dans des profils professionnels complexes ne correspondant pas aux besoins des établissements scolaires du second degré.

A l’horizon 2012, qui mieux que les professeurs documentalistes sont à même de former les élèves, seuls ou en collaboration avec les enseignants des autres disciplines, à la nouvelle donne documentaire, quand « L’infobésité », sans connaissances ni outils intellectuels pour la maîtriser, va souvent de paire avec une forme d’illettrisme informationnel incompatible avec les enjeux sociétaux français mis en avant dans la campagne électorale ?

Avec la FADBEN, soyez au rendez-vous de 2012 et, en particulier du 9è Congrès des professeurs documentalistes qu’elle organise à Paris au mois de mars !

http://congres2012.apden.org/

Bonne rentrée à toutes et à tous.

Martine Ernoult

Présidente de la FADBEN

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